Le fait de produire du vin à Formentera pourrait surprendre plus d’une personne. En réalité, cela se pratiquait déjà à l’époque romaine, mais le cours du temps – et l’intérêt économique – ont amené à remplacer les vignes par d’autres sols de plus grande rentabilité. Aujourd’hui, il y a peu de vignobles sur l’île des Baléares, mais cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas de bodegas. Concrètement, il y en a deux.
L’une de celles-ci est Terramoll, à La Mola, qui suscite un intérêt particulier, car récemment le groupe riojano Vintae (oui, l’artisan du festival de vin le plus cool du planète) a rejoint le projet. En se promenant parmi l’une de leurs vignes, son CEO, Richi Arambarri, explique que l’intention est de donner une tournure nouvelle au produit – qui appartient toujours à la famille d’origine, les Moll –. Pour cela, la première chose qu’ils ont faite fut de se demander : quelle est l’essence de Formentera ?
Formentera a été une mine de sel, un refuge pour les pirates et, seulement depuis un demi-siècle, une destination touristique de luxe. « La réalité est que là où était Rome il y avait du vin », raconte Richi, « c’est-à-dire que le vin ici a dû être présent bien avant que les registres ne le signalent ». Selon les documents, « la première documentation est associée aux moines augustins, qui arrivèrent ici en 1246 ». Ils érigèrent un monastère dans la zone de La Mola où ils plantèrent des vignes, mais il fut abandonné un siècle plus tard – comme toute l’île –, car la peste noire fit des ravages.
Ce qui n’est curieusement pas arrivé, et pour notre bénéfice, fut la phylloxéra. Oui, elle a touché l’île voisine Ibiza. Richi, qui passe la moitié de sa vie à passer ses étés sur l’île, fut surpris lorsque « les anciens du village me dirent que le vin d’ici se vendait à Ibiza. Cela signifie que les voisins, qui ont leur propre vin, préféraient celui d’ici ». Il l’attribue cela, en partie, à la terrible peste qui détruisit pratiquement deux tiers de tous les vignobles d’Europe : « L’une des grandes singularités de l’île est que la phylloxéra n’est jamais arrivée, contrairement au reste des Baléares. Et cela fait que dans le vignoble il y a des plants âgés de 25 à 60 ou 70 ans… peut-être plus, qui sait ? Ici, la plupart des vignes sont à pieds francs ».
À quoi d’autre Formentera goûte-t-elle ? À la mer, évidemment. « Nous avons de l’altitude sans renoncer à la proximité de la mer », précise Richi, ce qui se traduit par un système où il est possible de développer une continentalité sans renoncer à la salinité. De plus, « on dit que dans les Baléares il y a eu deux origines du vignoble : depuis la péninsule Ibérique, mais aussi d’autres endroits de la Méditerranée (grâce à des voyageurs tels que les Phéniciens). C’est pourquoi nous pouvons trouver le Greek, la Monastrell, qui ne doit pas être confondue avec celle de Jumilla, et la Garnacha formentereña, qui n’a rien à voir avec celle que nous travaillons en Rioja ».