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Saint-Omer Dévoilé – France Aujourd’hui

Le Premier Folio de Shakespeare, l’aviateur Douglas Bader et le hockey sur patins rink hockey font tous partie du riche patrimoine culturel de Saint-Omer, comme le découvre Caroline Mills…

Fabien Barengo s’élance vers l’avant, contrôlant le ballon alors qu’il accélère le long de l’aile, dépassant une défense déterminée et envoie le ballon au fond des filets. Il y a un moment de célébration lorsque les coéquipiers de Barengo du SCRA rink hockey entourent leur capitaine, dont le tir est l’un des 11 buts repoussé hors de portée du gardien de Roubaix, laissé à quatre pattes sur le gazon.

Le SCRA (Skating Club de la Région Audomaroise), fondé en 1934 et basé à la Salle des Sports du Brockus à Saint-Omer, prend le jeu à bras le corps, infligeant une lourde défaite à l’adversaire. Ce derby local fait partie de la première division du championnat national, et cette équipe d’élite est championne de France pour la 12e fois. Avec le son des fans fidèles qui chantent, battent le tambour et agitent des drapeaux au vent, je n’ai pas connu autant d’excitation un samedi soir en France depuis longtemps. Le hockey sur patins n’est pas nécessairement ce qui vient à l’esprit des visiteurs de Saint-Omer, peut-être mieux connue pour ses marais, les Audomarais, l’un des derniers marais cultivés encore productifs en France. Mais ce sport est une part importante du riche et varié patrimoine culturel de la ville.

Les 1 000 ans d’histoire de Saint-Omer se condensent en quelques heures agréables à parcourir la ville avec Cécile, guide de la Maison du Patrimoine – nous en reparlerons plus tard – et Denis Xavier, un résident de longue date qui a exercé comme médecin à l’hôpital local et qui, à la retraite, travaille comme hôte d’accueil, offrant des visites guidées gratuites de sa bien-aimée ville.

Je retrouve Monsieur Xavier à l’entrée du jardin public de la ville, un parc de 20 hectares avec des jardins à la française formels remplis de topiaires et de fleurs colorées, à côté d’un parc à l’anglaise. Je pourrais facilement passer une journée entière dans le parc, mais Denis est désireux de me montrer les remparts hauts comme le ciel qui mènent à la cité fortifiée – des fortifications révisées par le vénéré ingénieur militaire Vauban mais initialement construites lorsque Saint-Omer était sous domination espagnole. Oui, la domination espagnole. C’est difficile à concevoir pour moi, Saint-Omer étant si proche de l’Angleterre (et si loin de l’Espagne), mais Saint-Omer ne devint Française qu’avec le sacre de Louis XIV. Avant cela, la ville avait passé entre les mains des Flamands, des Vikings, du Duché de Bourgogne et des Habsbourg, avant de devenir partie des Pays-Bas espagnols.

Ils ont tous laissé leur empreinte, comme en témoigne le lien entre l’abbaye Saint-Bertin du VIIe siècle, fondée par l’évêque Audomar ou Saint-Omer comme on le connaît, et la cathédrale du VIIIe siècle, une église collégiale de stature notable. L’abbaye est en ruines. Tout ce qu’il reste est une dalle de pierre atmosphérique pour les pigeons amoureux, des mauvaises herbes poussant sur des rebords de fenêtres vides; ses voûtes gothiques doivent être imaginées par l’esprit, la pierre ayant été dérobée au cours des siècles passés pour construire ailleurs.

UNE INFLUENCE ESPAGNOLE

La cathédrale en pierre crème, en revanche, se dresse dans le centre-ville, au milieu des splendides demeures historiques de Saint-Omer. Bien que le tombeau de Saint-Omer demeure dans la cathédrale, ses reliques ont disparu pendant la Révolution française. Également notable, sous la seule tour, se trouve un imposant orgue du XVIIIe siècle, utilisé pour des concerts d’été, une vaste peinture de l’atelier de Rubens (Rubens était peintre de la cour espagnole, d’où le lien), et une horloge astrologique remarquable du XVIe siècle. À noter aussi, en pierre, la référence au Roi Soleil qui, en 1677, entra dans l’église à cheval. On peut admirer de magnifiques vues sur la cathédrale depuis le jardin-cours adjacent au bureau d’information touristique, un verger paisible qui invite à réfléchir sur la maestria du travail de pierre de la cathédrale. Mais ma perspective préférée du bâtiment est une vue à longue distance depuis le Quai du Haut-Pont. D’ici, les maraîchers des marais se considérant flamands, le Canal du Haut-Pont, bordé d’un enchevêtrement de toits charismatique, semble s’étendre comme un ruban jusqu’au pied de la cathédrale.

Autre bâtiment impressionnant à Saint-Omer est la Chapelle des Jésuites. Sa façade immense en briques rouges et pierre, ornementée de volutes, peut aussi être vue au-delà des toits. Le Collège anglais des Jésuites a éduqué de nombreux érudits catholiques qui, en raison de leur religion, n’étaient pas autorisés à fréquenter Oxford ou Cambridge. L’un d’eux fut Charles Carroll, qui quitta le Maryland pour étudier au collège, pour revenir signer la Déclaration d’Indépendance des États-Unis. La grandiose chapelle est rarement ouverte au public, mais la bibliothèque de la ville, qui est logée dans l’ancien collège, ne doit pas être manquée. À l’intérieur, au-delà des rayonnages modernes comme on pourrait s’y attendre, se trouve la salle patrimoniale. Cette vaste pièce est tapissée d’étagères en bois atteignant le plafond et provenant de l’Abbaye de Saint-Bertin, tout comme une grande partie de la collection de 35 000 livres reliés en cuir.

RICHESSES CULTURELLES

Il y règne une chaleur domestique dans cette grande salle tapissée qui a été conçue pour accueillir les bibliothèques. Des rangées parallèles de fauteuils verts mousseux confortables, chacun équipé d’une lampe de lecture, sont disposées le long du centre de la bibliothèque, entre des vitrines présentant une sélection tournante de la collection. La collection contient certains des trésors les plus extraordinaires de Saint-Omer : une Bible de Gutenberg et un Premier Folio des pièces de Shakespeare. C’est l’un de mes endroits préférés à visiter dans le Pas-de-Calais.

Eh bien, cela, et Le Moulin à Café – the Coffee Grinder – le nom autrefois péjoratif, aujourd’hui affectueusement utilisé pour le bâtiment qui abrite le théâtre de Saint-Omer. Ouvert à l’origine en 1841, le théâtre de style Renaissance italienne est, comme la bibliothèque, l’un de ces bâtiments qui paraissent étonnamment grand pour une petite ville du nord de la France. Restauré et rouvert en 2019, l’auditorium en fer à cheval de style italien est un cercle somptueux de rouge profond et d’or éclatant sous une immense coupole peinte, à partir de laquelle pend un lustre glamour.

Pour les œuvres d’art, je me rends au Musée Sandelin, installé dans un ancien manoir du XVIIIe siècle. À l’arrivée, les visiteurs peuvent suivre une visite libre mettant en valeur des chefs-d’œuvre parmi une belle collection de peintures, porcelaine et poterie, bijoux, et un exceptionnel sol en mosaïque romane récupéré de l’Abbaye de Saint-Bertin.

Ce sont les pièces elles-mêmes, restaurées en 2024, qui sont les véritables chefs-d’œuvre. Le musée s’étend à travers les salons de la demeure principale, invitant les visiteurs à imaginer les anciennes soirées. Une table de jeu se trouve dans la Salle de jeux, la musique semble jouer comme en attendant des invités, et l’architecture devient aussi attrayante que les œuvres d’art murales.

Je parviens à caser une dernière visite dans mon itinéraire chargé. La Maison du Patrimoine, qui a ouvert en juillet 2025, est un centre d’accueil dédié à l’histoire culturelle de la ville et des villages environnants en tant que Ville et Pays d’art et d’histoire désignés. Il y a beaucoup d’interactions à explorer: boutons à appuyer, jeux à jouer; les enfants apprécieront cet espace autant que les adultes, et c’est gratuit à visiter. L’escalier contemporain courbe, conçu sur mesure, est à ne pas manquer.

Surplombant la place centrale Place du Maréchal Foch, je m’assieds au pub Queen Victoria, cosy avec tabourets de bar (oui, vraiment), me demandant lequel des 13 bières locales à la pression étanchera le mieux ma soif. Je suis rappelé à quel point il existe de liens avec la Grande-Bretagne dans cette charmante petite ville au charme flamand. Non seulement il y a le Premier Folio et la tradition des noms de pubs anglais (Le Dickens est juste à côté), mais Saint-Omer est le berceau spirituel de la Royal Air Force, un mémorial commémoratif sur un aérodrome venteux au-dessus de la ville explique l’histoire. C’est aussi la ville où, pendant la Seconde Guerre mondiale, le pilote britannique Douglas Bader a été hospitalisé après avoir été abattu au-dessus du nord de la France pendant l’Occupation allemande. L’ancien hôpital se trouve rue Saint-Bertin, l’une des adresses les plus prestigieuses de la ville.

Mon séjour de cinq jours à Saint-Omer n’a pas été assez long pour goûter à tout ce que la ville a à offrir. La bière, l’histoire culturelle et le hockey sur patins sont trop bons pour rester loin durablement. Mais à seulement environ 39 kilomètres de Calais, c’est un endroit facile à revisiter.

SAINT-OMER INDISPENSABLE

SCRA SAINT-OMER

Pour une excellente soirée, rendez-vous à la Salle des Sports du Brockus lorsque SCRA Saint-Omer jouent. Avec un club-house et un bar en prime, les visiteurs sont toujours les bienvenus. Les billets pour le match peuvent être achetés à l’avance.

scrasaintomer.com

ASCENSEUR À BATEAUX DES FONTINETTES

Cet ascenseur à bateaux, sur le Canal de Neufossé à Arques, est le seul de ce genre en France. Il est modelé sur l’Anderton Boat Lift dans le Cheshire et constitue une merveille d’ingénierie en acier et de structure. Le petit musée offre un aperçu du monde unique des péniches et de leurs familles au XIXe et au début du XXe siècle.

LA COUPOLE

C’est le site de la Seconde Guerre mondiale d’où il avait été proposé de tirer des fusées V-2 vers l’Angleterre. Au sein du centre d’histoire, on trouve des expositions remarquables et percutantes sur l’histoire du site, sa relation à la course spatiale durant la Guerre froide, et le génocide dans le nord de la France. Il y a aussi un excellent planétarium en 3D pour une expérience immersive.

lacoupole-france.com/en

LA MAISON DU MARAIS

Découvrez le patrimoine et le mode de vie des maraîchers qui ont labouré le riche Marais Audomarois pendant des siècles. En plus des expositions pour en apprendre davantage sur les marais, les visiteurs peuvent monter à bord d’un bacove traditionnel (bateau plat) et parcourir le système canalisé dans cette Réserve de biosphère de l’UNESCO.

www.lamaisondumarais.com/en

LE MOULIN À CAFÉ & THÉÂTRE LA BARCAROLLE

Des visites guidées sont possibles de ce théâtre entièrement restauré sur la Place du Maréchal Foch, bien que la meilleure façon de l’expérimenter soit d’assister à l’un des nombreux spectacles ou concerts.

www.labarcarolle.org

SAINT-OMER INDISPENSABLES

EN TRAIN

Prenez l’Eurostar de London St Pancras jusqu’à Lille-Europe. De Lille-Flandres à Saint-Omer, 3 h 20 ; de Paris Gare du Nord à Saint-Omer, 2 h 20.

EN VOITURE

Le Shuttle Folkestone vers Coquelles ou DFDS, P&O Ferries, ou Irish Ferries Dover vers Calais, puis l’A26 jusqu’à Saint-Omer.

OÙ SE LOGER

Le Palais de la Cathédrale est une magnifique maison de ville récemment restaurée en face de la cathédrale. Avec deux chambres doubles chaleureuses (l’une en suite, l’autre avec salle de bains privée), chacune comprend un coin salon et une salle à manger avec micro-ondes et bouilloire. Il est possible de louer les deux chambres pour des familles ou des groupes. www.le-colegram-restaurant-du-palais-de-la-cathedrale.com/en

OÙ MANGER

Savourez une cuisine fabuleuse dans des salles élégantes et classiques au Colegram, situé au rez-de-chaussée du Palais de la Cathédrale. Pour quelque chose de moins formel, Le Phare Café rue de Dunkerque propose un excellent menu rustique dans un cadre branché, ou Boucan, au sein du Moulin à Café, distingué par le Guide Michelin, propose un délicieux menu à prix fixe ou de style street-food, préparé devant vous.

INFORMATIONS TOURISTIQUES

www.visitpasdecalais.com

en.tourisme-saintomer.com

Lead photo credit : Cathédrale – Notre-Dame de Saint-Omer © Tourisme en Pays de Saint-Omer

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Pierre Le Blanc

Pierre Le Blanc

Je suis Pierre Le Blanc, passionné de voyage, de nature et de découvertes locales. À travers Tourisme Le Blanc, je partage ma vision d’un tourisme authentique et respectueux. J’aime raconter les lieux, les gens et les émotions qui rendent chaque destination unique.