Dans les années 1920, l’artiste écossais trouva une nouvelle source d’inspiration dans la Catalogne française. Steve Turnbull retrace son parcours artistique…
La beauté de la Catalogne française – en particulier la Côte Vermeille – a longtemps inspiré les artistes, Matisse et Picasso étant les plus célèbres. Mais l’aquarelliste moins connu, Charles Rennie Mackintosh, y a aussi laissé sa marque dans les années 1920. Aujourd’hui, parcourir les sentiers créés en son hommage offre non seulement l’occasion d’explorer son œuvre, mais aussi une opportunité de s’aventurer hors des sentiers battus.
Né à Glasgow en 1868, Mackintosh – « Toshie » pour sa famille et ses amis – s’est fait connaître comme architecte et designer de l’Art Nouveau. Avec sa femme artiste, Margaret (née MacDonald), il créa tout, du mobilier et des lampes jusqu’au papier peint. Pourtant, son travail, y compris le design de la Glasgow School of Art, largement considéré comme son chef-d’œuvre, n’a jamais été aussi admiré en Écosse que dans d’autres pays.
Alors que les goûts basculaient de l’Art Nouveau vers le Classicisme et que les commandes diminuaient, Mackintosh dut abandonner l’architecture et le design pour la peinture. Gagner sa vie par l’art s’avéra également difficile et, à l’été 1923 — aidés par un modeste héritage de la mère de Margaret — les Mackintosh quittèrent Londres pour le sud de la France à la recherche de repos et de renouveau.
Comme le soulignent Pamela Robertson et Philip Long dans leur livre magnifiquement illustré de 2019, Charles Rennie Mackintosh en France, les Pyrénées françaises et la province du Roussillon n’étaient pas des destinations à la mode à l’époque, mais les Mackintosh y nouèrent un lien immédiat. Leur base initiale fut la charmante ville thermale d’Amélie-les-Bains, où ils séjournèrent dans un hôtel bon marché pendant au moins deux mois (la chronologie exacte de leurs déplacements est difficile à établir car ils ne laissèrent pas de journal). Ils louèrent également une petite maison à proximité et la transformèrent en ateliers, permettant à Mackintosh de produire plusieurs peintures de la région du Vallespir, qui abrite la ville typiquement catalane de Céret et la majestueuse montagne du Canigou.
INSPIRATION NATURELLE
En effet, ces toiles établissaient une feuille de route pour les paysages de Mackintosh. Elles mettaient souvent en scène l’architecture locale (villages pittoresques et fermes rurales en particulier), tandis que le style restait Art Nouveau/Moderniste avec des lignes sinueuses, des motifs complexes et des formes géométriques audacieuses. À première vue, elles évoquent Cézanne et le cubisme, mais elles rappellent davantage les Sécessionnistes viennois Gustav Klimt (que Mackintosh admirait) et Egon Schiele. Mackintosh réalisa aussi plusieurs peintures de plantes, dont une charmante (datée de janvier 1924) représentant des fleurs de mimosa jaunes annonçant le printemps. Une autre peinture de la même période montre l’imposante formation rocheuse de l’Héré de Mallet sur les Orgues d’Ille-sur-Têt, site géologique remarquable non loin de Perpignan.
Ce qui avait commencé comme des vacances s’est transformé en une série de séjours, les Mackintosh devenant de plus en plus envoûtés par la région du Roussillon, le cœur historique de la Catalogne française qui englobe la Côte Vermeille et fait désormais partie du département des Pyrénées-Orientales. Ils vécurent aussi plus confortablement qu’en Angleterre, bien que leurs finances fussent très modestes.
Mais autant qu’ils aimaient l’arrière-pays avec ses collines et vallées fluviales, le littoral les attirait particulièrement. Ici, sans surprise, ils tombèrent sous le charme de Collioure – Margaret le décrit comme « l’un des lieux les plus merveilleux que nous ayons jamais vus ». Le village de pêcheurs offrait aussi un repaire bohème (aujourd’hui l’Hôtel des Templiers) au pied du Château Royal, que fréquentaient leurs « connaissances artistiques », Rudolph Ihlee et Edgar Hereford.
Il y a trois panneaux présentant des reproductions des aquarelles de Mackintosh disséminés le long de la frange sud de la baie de Collioure. Mais de nombreux visiteurs de la région négligent Port-Vendres lorsqu’ils se dirigent vers la Plage de Paulilles et la station pittoresque de Banyuls-sur-Mer près de la frontière espagnole. C’est dommage, car c’est là que se trouve le parcours le plus étendu des peintures de Mackintosh (au total treize), sans parler des divers restaurants de poisson et fortifications. Le parcours, inauguré en 2013, commence près du restaurant Poisson Rouge sur l’autre rive du port, en venant de Collioure. Il serpente autour d’un éperon rocheux gardé par la Redoute de Béar, une fortification construite par le célèbre ingénieur militaire Vauban au XVIIe siècle. Classé monument historique en 1933 et récemment restauré, il abrite un petit musée sur l’Algérie coloniale française. Il y a sept peintures à découvrir dans l’ensemble de la zone – vous pouvez récupérer une carte utile à l’office de tourisme.
Mackintosh était méticuleux, effectuant souvent plusieurs visites sur place pour produire l’œuvre finale. Mais il prenait aussi des libertés artistiques avec nombre de ses œuvres : un bon exemple en est The Fort (numéro 5 sur le sentier) qui repositionne le phare de l’autre côté de la baie sur la Redoute du Fanal (un autre fort de Vauban) dans le coin supérieur gauche de la composition. La peinture illustre aussi la sensibilité graphique très marquée de Mackintosh, adoucie par des lavis de couleur.
Le sentier continue autour de la marina puis grimpe le long de la côte escarpée jusqu’à la dernière peinture représentant le Fort Mauresque. Il croise aussi le Sentier Littoral, une splendide randonnée qui serpente sur toute la Côte Vermeille, d’Argèles-sur-Mer à Cerbère, à la frontière, offrant de magnifiques vues sur la mer. Bien sûr, le port animé de Port-Vendres — port commercial et naval remontant à l’Antiquité — a bien changé depuis les années 1920, notamment parce que les quais furent dynamités pendant la guerre par les Allemands en retraite. Mais l’Hôtel du Commerce (aujourd’hui transformé en appartements) où les Mackintosh séjournèrent à partir de 1925 est toujours là, avec un buste commémoratif de Mackintosh sur la façade. Dans son livre bien écrit et informatif de 2013, On the Trail of Monsieur Mackintosh, Robin Crichton décrit comment Toshie s’asseyait sur le balcon et regardait les paquebots et les cargos se décharger au départ de l’Afrique du Nord. Il dit que cette période fut probablement « le moment le plus heureux de leur vie », malgré des soucis d’argent et de santé qui persistaient.
UNE FIN PRÉMATURÉE
Le Centre d’interprétation de Port-Vendres, géré par l’Association Charles Rennie Mackintosh, abrite une exposition permanente de reproductions, ainsi qu’une petite section présentant les œuvres Art Nouveau de Margaret. L’association entretient les cinq sentiers de la région (le Chemin de Mackintosh), comprenant 30 peintures, et appelle le public à les soutenir. Les autres centres de Bélesta et d’Amélie-les-Bains-Palalda valent également le détour.
Malheureusement, l’aventure de quatre ans du couple dans le sud de la France prit fin en mai 1927 lorsque Mackintosh développa un cancer de la langue (probablement causé par le tabagisme) et retourna à Londres pour se faire soigner. Il tomba gravement malade et mourut en décembre 1928, âgé de 60 ans. Après sa mort, Margaret retourna dans son Port-Vendres bien-aimé chaque été. C’est ici, sur la Méditerranée, qu’elle aurait dispersé les cendres de son mari, conformément à ses souhaits. Elle mourut en 1933, à l’âge de 70 ans.
Seuls quelques-uns des quarante tableaux environ que Mackintosh produisit en France furent exposés avant sa mort, et seulement deux furent vendus. Aujourd’hui, ses œuvres se négocient à des sommes à six chiffres. En effet, l’aquarelle de Mackintosh représentant le village de Bouleternère fut vendue aux enchères en avril 2025 pour plus de 150 000 dollars. Mais tant que le monde de l’art continue de tourner, la beauté distinctive de la Catalogne française, capturée avec tant d’éloquence par cet artiste écossais, demeure aussi intemporelle que jamais.
INCONTOURNABLES DU ROUSSILLON
ACCÈS
PAR AVION
Ryanair assure des vols réguliers vers Perpignan (la ville la plus proche) au départ de Londres Stansted. Vous pouvez aussi vous rendre jusqu’à Carcassonne en avion.
EN TRAIN
Paris (Gare de Lyon) à Perpignan met environ 5 à 6 heures et il y a environ 14 trains par jour.
CONTACTS
Association Charles Rennie Mackintosh :
www.crmackintoshroussillon.com
Tourisme des Pyrénées-Orientales :
www.tourism-mediterraneanpyrenees.com
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