Image placeholder

Le monde des comics d’Astérix

Nous sommes en l’an 50 avant J.-C. La Gaule est entièrement occupée par les Romains. Enfin, pas tout à fait… Un petit village de Gaulois indomptables résiste encore à l’envahisseur.” Ce sont les mots qui posent le décor au commencement des bandes dessinées Astérix, chaque aventure mettant en scène deux des personnages de BD les plus connus de la littérature française. Le petit homme est, bien sûr, Astérix lui‑même – de petite taille mais vaillant et animé par une potion secrète qui lui confère une force surhumaine. Son compagnon est le gros et costaud Obélix, qui, lorsqu’il n’aide pas loyalement son ami à écraser les envahisseurs Romains, se voit chargé de transporter des pierres de menhir ou de festoyer sur du sanglier.

Avec des ventes mondiales de 400 millions d’exemplaires et des traductions dans 120 langues et dialectes, Astérix est la série de bandes dessinées européenne la plus vendue de tous les temps. D’autres ne s’en approchent même pas : ni Lucky Luke, ni les Schtroumpfs, ni 2000 AD… ni même Tintin…

Il y a eu au total 41 albums d’Astérix, le dernier, Astérix en Lusitanie, publié en octobre 2025. Cette fois, nos deux intrépides héros se rendent en Lusitanie — l’actuel Portugal — où, comme Astérix le dit, ils prévoient de « tester les délicieuses spécialités locales, mettre une raclée à quelques Romains frais et, qui sait, peut-être rencontrer quelques charmantes demoiselles ». Depuis sa première apparition à la fin des années 1950, Astérix s’est largement étendu bien au‑delà des limites de la bande dessinée. Outre les albums, il y a eu des films — tant en prises de vue réelles qu’en dessins animés — des jeux de société, des jeux vidéo et, plus récemment, une nouvelle série animée sur Netflix. Et juste au nord de Paris, à Plailly, se trouve le Parc Astérix, un parc à thème dédié aux personnages qui, depuis 1989, offre une alternative résolument française au Disneyland Paris plus américanisé à proximité, accueillant 2,8 millions de visiteurs par an.

Pendant cette période qui suit la Seconde Guerre mondiale, Astérix était, à bien des égards, la personnification de sa nation. Ayant été occupée par l’Allemagne nazie et essayant de se redéfinir alors que son empire colonial déclinait, la France avait besoin d’un héros. Avec son casque ailé et sa moustache en guidon, le petit Gaulois intrépide a pris le devant de la scène pour occuper ce rôle. Depuis leur minuscule enclave en Armorique (la Bretagne actuelle), la lutte des amis contre les Romains occupateurs était une métaphore évidente de la Résistance française pendant la guerre. D’autres ont suggéré qu’elle représentait aussi l’angoisse française face à la mondialisation dirigée par les États‑Unis après la guerre. Bien que le slapstick hilarant des histoires de Goscinny et Uderzo séduise les jeunes lecteurs, le jeu de mots ingénieux, la satire politique et la moquerie des stéréotypes nationaux européens ont aussi captivé les lecteurs adultes.

Aucun pays, pas même la France elle‑même, n’était à l’abri des moqueries ludiques. Dans Astérix chez les Bretons (Astérix in Britain), les habitants sont dépeints comme excessivement polis et obsédés par la consommation de thé. Dans Astérix chez les Helvètes (Astérix in Switzerland), ils sont obsédés par la fondue, les horloges à coucou, la neutralité et le yodel. Dans Astérix chez les Belges (Astérix in Belgium), il est fait référence à des célébrités belges, à la bataille de Waterloo et aux moules-frites.

Les livres avaient aussi une fonction historique, offrant aux jeunes et aux adultes une référence populaire sur des aspects de l’Empire romain tels que les gladiateurs, les légionnaires, les banquets et l’esclavage. De nombreux volumes ont même été traduits en latin et en grec, avec des guides destinés aux enseignants.

APPEL UNIVERSEL

Lorsque Goscinny est décédé d’une crise cardiaque en 1977, les lecteurs ont supplié Uderzo de poursuivre la série et il a dû obtempérer, bien que par la suite il y ait eu des batailles juridiques, des rachats et une rotation constante de nouveaux scénaristes et illustrateurs. Les deux dernières éditions ont été créées par l’écrivain Fabcaro et l’illustrateur Didier Conrad.

Uderzo, décédé en 2020, a toujours eu du mal à expliquer l’attrait durable de sa création et de celle de Goscinny. « Nous sommes comme des magiciens qui ne savent pas comment ils font un tour », avait‑il dit une fois. Une autre fois il suggérait : « C’est David contre Goliath. Tout le monde peut s’identifier à l’image de la rétribution face à des choses qui nous dépassent. »

Céleste Surugue, directeur général chez l’éditeur actuel, Les Éditions Albert-René, explique que les histoires fonctionnent à plusieurs niveaux. « Elles mêlent gags visuels, jeux de mots, références historiques et clins d’œil culturels », dit‑il. « Elles séduisent autant les enfants que les adultes. Astérix taquine tout le monde avec une série de clichés nationaux et internationaux. Tout cela démontre que, au-delà de nos différences apparentes, nous partageons la même humanité. » Surugue souligne les valeurs humaines universelles présentes dans les bandes dessinées. « Nos Gaulois indomptables incarnent le rire, la liberté, la solidarité et l’amitié. De plus, le village gaulois d’Astérix est un symbole de résistance contre l’oppression, de David contre Goliath, qui résonne dans de nombreux contextes culturels et à travers toutes les époques. » Il rend également hommage à l’inventivité des nombreux traducteurs qui ont réécrit les livres dans d’autres langues. « Pour que l’humour fonctionne à l’étranger, les traducteurs doivent souvent adapter plutôt que traduire littéralement », affirme‑t‑il.

DONNER VIE À L’HISTOIRE

Deux traducteurs méritent une mention spéciale : Anthea Bell et Derek Hockridge, qui ont travaillé sur les 36 premiers albums, transposant brillamment le jeu de mots français original, les références culturelles et l’humour décalé pour le monde anglophone. Les alternatives les plus mémorables restent leurs géniales réinterprétations des noms des personnages, de sorte que le chien Idéfix d’Obélix devient Dogmatix ; le chef du village Abraracourcix devient Vitalstatistix ; l’aîné du village Agecanonix devient Geriatrix ; le bard Assurancetourix devient Cacofonix ; et le poissonner Ordralfabétix devient Unhygienix. Sans le travail ingénieux de Bell et Hockridge, Astérix n’aurait peut‑être pas reçu une telle renommée mondiale.

Sans Astérix, il est aussi possible que les enfants du monde entier n’aient jamais appris autant sur l’Empire romain et sur la place de la Gaule antique au sein de celui‑ci. « Pour de nombreux lecteurs étrangers, Astérix est en effet la principale porte d’entrée vers l’époque gallo‑romaine, mais c’est vrai aussi pour de nombreux enfants en France », ajoute Surugue. « Nous rions avec Astérix, mais nous apprenons aussi. La qualité de l’écriture permet à l’histoire et à la culture françaises de briller à l’échelle mondiale avec le sourire. Astérix est un excellent ambassadeur culturel pour la France. Il incarne sa nation – il est rebelle, attaché à ses traditions, mais capable aussi d’autodérision. »

Âgé de 66 ans, si Astérix habitait la France d’aujourd’hui, il serait prêt à prendre sa retraite. En fait, il mettrait probablement un gilet jaune et manifesterait contre les réformes des retraites du président Macron. Cela nous amène à nous demander où se trouvera notre petit héros dans 66 ans. « Il est en meilleure forme que jamais », insiste Surugue. « Que ce soit dans les éditions françaises ou étrangères des livres, ou avec le parc à thème, ou avec la merveilleuse série Netflix d’Alain Chabat. »

Alors que Surugue et ses collègues se concentrent actuellement sur le dernier album d’Astérix, ils gardent naturellement un œil sur l’avenir. « Oui, bien sûr, nous pensons à de nouveaux projets passionnants », dit‑il. « Mais nous voulons toujours prendre soin de notre personnage célèbre avec à la fois ambition et prudence. Avec 66 ans d’histoire derrière lui et un très long avenir devant lui, Astérix mérite le meilleur qui soit. »

Le dernier album de bande dessinée Astérix, Astérix en Lusitanie, a été publié en français et en anglais le 23 octobre 2025.

Pierre Le Blanc

Pierre Le Blanc

Je suis Pierre Le Blanc, passionné de voyage, de nature et de découvertes locales. À travers Tourisme Le Blanc, je partage ma vision d’un tourisme authentique et respectueux. J’aime raconter les lieux, les gens et les émotions qui rendent chaque destination unique.