C’est le Sud de la France – mais pas comme vous le connaissez… Moins guindé que la Côte d’Azur et plus sauvage en son cœur que la Provence, la Catalogne française est un coin du pays où les paysages et le patrimoine sont spectaculaires – pourtant il passe inaperçu. Si vous cherchez du spectaculaire, vous êtes au bon endroit.
Les habitants y desèvent des châteaux humains, courent avec des taureaux et dansent lentement au son de mélodies mélancoliques dans des places baignées de soleil. C’est sincère, passionné, théâtral et plein d’adrénaline. D’accord, l’une des traditions catalanes les plus célèbres – soufflez-la – peut sembler évoquer ces célèbres figures capuchées et enveloppées du Sud des États-Unis pour l’œil non averti. Mais non. Vous vous tromperiez. Alors, où se trouve ce petit coin de France au parfum espagnol ? Et pourquoi est-il là ?
L’Histoire de la Catalogne française
Catalogne du Nord (Catalunya del Nord en catalan) faisait partie de l’Espagne jusqu’à ce qu’elle soit rendue à la France à la fin de la guerre franco-espagnole en 1659. Quatre-vingts pour cent de la Catalogne se trouvent aujourd’hui dans le nord-est de l’Espagne (pensez à Barcelone, Gérone, la Costa Brava), avec 10 % en France et les 10 % restants disséminés autour de Majorque, Minorque, l’Italie et le sud de l’Espagne.
La partie française est bordée au sud par les puissantes Pyrénées et l’Espagne, à l’est par les caps rocheux de la Méditerranée et les plages de sable de la Côte Vermeille, et à l’ouest par le paradis fiscal d’Andorre.
Des enchevêtrements de villages médiévaux perchés au sommet des collines dominent des vallées tortueuses où coulent des rivières et s’épanouissent les vignobles, au milieu. Le tout se situe dans le département des Pyrénées-Orientales (numéro 66), dont Perpignan est la capitale animée.
La langue catalane – parlée par environ un tiers des Catalans de France – n’a été reconnue comme langue régionale qu’en 2007. Tout cela a contribué à la reconnaissance par l’État français de l’identité culturelle de la région. Ce n’était pas toujours le cas. Dans les années 1880, les annonces dans les aires de jeux annonçaient : « Soyez propres, lavez-vous les mains, parlez français ». Mais peu importe tout cela, car les habitants n’ont manifestement pas besoin d’approbations de Paris. Quant aux panneaux routiers, il existe une solution démocratique : les noms des villes et villages sont affichés en français et en catalan.

Maintenant, parlons des traditions. Tout d’abord La Sanch, prononcée Sank. Cette coutume médiévale voit des personnes en robes longues et en capuches pointues défiler dans le cœur historique de Perpignan lors des Vendredi Saint. Il se dit que la confrérie de La Sanch (« le sang » en catalan) aurait été fondée en 1416 par un moine dominicain à Perpignan.
Ses adeptes (« pénitents ») accompagnaient les condamnés jusqu’à leurs exécutions, tout en commémorant la passion et la mort du Christ. Ils portaient des robes à capuchon pour brouiller les regards des passants et prévenir les lynchages dans les rues. À ce jour, des croix, des crucifix et des statues sont portés sur les épaules des « pénitents » lors de la procession, qui défilent au son de tambourins solennels, d’une petite cloche et des chants catalans traditionnels (Goigs). C’est un spectacle baroque regardé par des foules de spectateurs silencieux encore aujourd’hui.
De façon tout aussi spectaculaire se trouve le Correfoc (« course du feu »), organisé lors des chaudes nuits d’été lorsque l’obscurité tombe enfin. Cette tradition voit les rues s’animer avec des « colles de diables », des groupes de démons en rouge et noir. Ces Satans dansent, sautent et bondissent autour des foules au son de lourds tambours et de sifflets perçants, maniant des fourches sur le bout desquelles tournent des feux d’artifice.

Les rues sont aussi traversées de feux d’artifice éparpillés sur les diables, remplissant l’air de nuages de fumée et d’une grande excitation. Tout cela rappelle le théâtre de rue médiéval connu sous le nom de Ball de Diables, où le Bien et le Mal s’affrontent de manière captivante. Le Correfoc est un spectacle inoubliable – et sans doute un enfer de sécurité pour les Mairies locales…
Si les diables dansants vous émerveillent, alors la Fête de l’Ours (Fête des Ours) vous étonnera encore davantage. La belle région du Vallespir (la zone la plus luxuriante et boisée de la Catalogne française) n’abrite plus de vrais ours, mais chaque février, la version célébrée lors de ce festival folklorique sort de son hibernation. UNESCO-listée, ce rituel païen de fin d’hiver voit des hommes locaux déguisés en ours, recouverts de boue, poursuivre les villageois.
Autrefois, les jeunes tentaient d’attraper un ours pour prouver leur bravoure au début du printemps. Aujourd’hui, ils participent à cet événement bruyant. Tout tourne autour d’un mythe selon lequel un ours sort de sa grotte pour enlever une fille. Lors du festival, les villageois traquent « l’ours » et le traînent jusqu’à la place de la ville, où il est rasé. À ce moment, son visage humain est révélé, et tout se termine bien.

Au cœur de tout ce qui est catalan se trouve le mont Canigou, couronné de neige. Depuis son sommet culminant à 2 784 mètres, on peut dominer les vallées des rivières Tech et Têt et la plaine fertile du Roussillon. À son tour, son pic est visible depuis toute la région. Mais ce n’est pas qu’un repère – c’est un symbole d’unité catalane.
À la veille de la Saint-Jean, le 23 juin, les Catalans gravissent ses pentes pour allumer un grand feu avec la Flamme du Canigou, une flamme entretenue toute l’année dans le château de Perpignan. Le lendemain matin, la flamme est portée dans les villes de toute la Catalogne pour allumer des bûchers. Vous verrez aussi des bouquets d’herbes médicinales et de fleurs vendus dans les rues. Ceux-ci sont cueillis à la veille de la Saint-Jean lorsque l’on dit qu’ils sont cent fois plus puissants. Les bouquets de l’année précédente sont traditionnellement brûlés sur le bûcher, et les nouveaux sont suspendus au-dessus des portes pour repousser les esprits malins.
La beauté réside dans le fait qu’aucune de ces traditions n’est mise en scène pour les touristes – elles font partie de la vie réelle. Prenez les sardanes, les danses circulaires catalanes. Aucun Catalan n’est trop âgé, trop maladroit du pied gauche ou trop cool pour se joindre aux Sardanes, qui se dansent sur les mélancoliques tonalités des formations Coblas, avec des flabiols (une sorte de flûte à bec), un contrabaix (une sorte de contre-basse) et des tibles (une sorte de clarinette).

Les festas d’été, festonnées sous des guirlandes catalanes rouges et jaunes, présentent aussi souvent des Castells impressionnants (« châteaux » ou pyramides humaines). Des équipes locales d’adultes forts forment la base (n’importe qui peut rejoindre une fois que l’équipe locale a formé son cercle) et de jeunes souples serpentent le long des bras et des jambes pour grimper six, sept, voire dix « étages ».
L’Enxaneta (le couronneur) est l’enfant le plus petit et le plus brave au sommet ; le Castell est considéré comme terminé lorsque lui ou elle lève la main au sommet. C’est un mélange hypnotisant de solidarité, de confiance, de détermination et de concentration, bien plus que l’affichage de force qui l’accompagne, ce qui rend le spectacle d’autant plus émouvant à regarder.

Amoureux des animaux, détournez les regards maintenant. Oui, les corridas à mort continuent d’avoir lieu ici. La Feria de Céret (foire d’été) est extrêmement populaire auprès des jeunes venus de toute la France et voit des taureaux courir dans les rues avant d’être tués dans l’arène. Certains disent qu’il s’agit d’une forme d’art française protégée et ancienne, d’autres y voient une torture animale ritualisée.
Et à cause de cette controverse, tournez plutôt votre regard vers la ville thermale voisine d’Amélie-les-Bains, où des ânes dorlotés bénéficient d’une bénédiction annuelle par l’évêque devant l’église locale, après avoir été promenés dans la ville par des enfants angéliques en costume traditionnel. Cette coutume charmante porte prospérité à tous et célèbre le saint patron des ânes. Quelle douceur. Bénissez les Catalans français…
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