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3 petits musées à l’ombre des Alpes

Beaucoup de gens viennent à Grenoble pour grimper. La ville se situe entre trois massifs alpins, ce qui en fait une véritable porte d’entrée pour les montagnes. Dans mon train en provenance de Paris pendant un long week-end férié, les wagons étaient pleins de randonneurs et de cyclistes, les bâtons et les casques rangés au-dessus des sièges.

Mais avant d’être une base pour les ascensions du week-end, Grenoble était un endroit qu’il fallait contrôler. Routes, rivières et cols se rejoignent ici, faisant de la ville un point stratégique entre les plaines françaises et les Alpes. Celui qui détenait Grenoble pouvait influencer ce qui circulait dans la région : biens, armées, pèlerins, impôts, nouvelles.

Les Romains l’avaient vu tôt, fortifiant la ville qu’ils appelaient Cularo au IIIe siècle. Plus tard, Grenoble devint un siège épiscopal, lorsque les évêques étaient autant des dirigeants politiques que religieux. Le Dauphiné devint suffisamment puissant pour que le titre de ses souverains donne plus tard au prince héritier son nom : le Dauphin.

L’ancien palais épiscopal, autrefois l’un des centres du pouvoir à Grenoble, est aujourd’hui un petit musée discrètement niché derrière la cathédrale. Sa collection permanente raconte l’histoire humaine locale de la préhistoire à nos jours, mais ce qui le rend vivant, c’est le caractère tangible de son récit.

Elle s’ouvre sur « Alexandre », une partie d’un crâne vieux de 11 000 ans retrouvé près de Grenoble et présenté comme les plus anciens restes humains connus de l’Isère. À l’étage, des passerelles croisent des reliques de l’enceinte romaine du IIIe siècle et des restes d’un baptistère chrétien. Vous ne lisez pas seulement l’histoire précoce de Grenoble ; vous vous tenez au-dessus d’elle.

Alexandre, le crâne préhistorique du musée, au Musée de l’Ancien Évêché de Grenoble. Crédit : Jennifer Flanagan

Ma partie préférée était l’exposition temporaire consacrée à François Kollar. Après avoir parcouru des milliers d’années d’histoire locale, le musée se resserre sur une seule année : 1931. Kollar était un photographe d’origine slovake qui arriva à Paris dans les années 1920 et travailla dans des usines avant que la photographie ne devienne son moyen d’élévation. Cette année-là, il remporta une commande pour La France travaille, l’envoyant à travers le pays pour photographier les travailleurs français. Kollar avait pour habitude de prendre les travailleurs de bas en haut, donnant au travail ordinaire un caractère monumental. Après le crâne, le mur et le baptistère, les photographies vous amènent à traverser la France moderne : des usines, des outils, des corps et des travailleurs, capturés pendant que le pays tentait de se représenter comme une nation industrielle.

De là, je suis monté vers le Musée Dauphinois, installé dans un ancien couvent sur les pentes de la colline de la Bastille, avec des jardins qui fleurissent en mai et une vue sur Grenoble en contrebas.

Mon exposition préférée là-bas était De tous bois, qui raconte l’histoire de la famille Hache, ébénistes qui s’installèrent à Grenoble au XVIIIe siècle et se firent une réputation bien au-delà du Dauphiné. Leur art consistait à faire du bois local l’essentiel du travail.

À l’intérieur de l’exposition De tous bois au Musée Dauphinois, qui explore le bois comme matière, artisanat, mémoire et partie intégrante de la vie alpine. Crédit : Jennifer Flanagan

Au lieu d’habiller le mobilier de sculptures lourdes, ils employaient des couches fines de bois en surface, en choisissant des pièces dont le grain, les nœuds et les couleurs étaient intéressants : le noyer avec ses volutes et un grain plus sombre ; des bois fruitiers plus clairs pour le contraste ; parfois des bois importés pour les détails. Ils disposaient ces pièces de manière à ce qu’une façade de tiroir ou une porte d’armoire ait de la profondeur et des motifs.

Ce faisant, ils firent du bois issu d’une région montagneuse dure quelque chose d’élégant. À une époque où Paris dictait une grande partie du langage du goût, les Hache montrèrent que la beauté pouvait aussi provenir d’un atelier près des Alpes.

Jean-François Hache, le petit-fils et le plus connu de la famille, poussa le travail plus loin. Et si la beauté ne s’adressait pas seulement à de grandes pièces, mais à des meubles que l’on utilise réellement : un bureau, une brosse à cheveux, une table pour écrire ? Aujourd’hui, des pièces modestes des Hache se vendent à quelques milliers d’euros, tandis que des œuvres majeures de Jean-François Hache peuvent atteindre des dizaines de milliers.

Extérieur du Musée Dauphinois à Grenoble, installé dans un ancien couvent surplombant la ville. Crédit : musees.isere.fr

Ici, vous voyez aussi ce que signifiait vivre parmi les montagnes pendant des siècles, avec des expositions sur la vie quotidienne montrant le bois comme matériau, l’hiver comme routine, et la distance comme partie intégrante de la vie. Le dernier étage s’ouvre sur les Jeux olympiques d’hiver de 1968, montrant Grenoble se réinventer en une ville alpine moderne.

Le dernier musée était le plus insolite : l’ACONIT, l’Association pour un Conservatoire de l’Informatique et de la Télématique. Fondée à Grenoble en 1985, elle a été créée pour préserver l’histoire matérielle de l’informatique avant qu’elle ne disparaisse. Elle s’inscrit également dans le Grenoble de l’après-guerre, lorsque la ville devint un centre important pour les mathématiques appliquées et l’informatique.

Xavier, l’un des bénévoles d’ACONIT, donne vie à l’histoire précoce de l’informatique avec une vieille carte perforée IBM. Crédit : Jennifer Flanagan

Parmi les grandes montagnes de Grenoble, ces trois petits musées peuvent être faciles à manquer, mais ils valent vraiment le détour.

Crédit photo principale : Isere-culture, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

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Pierre Le Blanc

Pierre Le Blanc

Je suis Pierre Le Blanc, passionné de voyage, de nature et de découvertes locales. À travers Tourisme Le Blanc, je partage ma vision d’un tourisme authentique et respectueux. J’aime raconter les lieux, les gens et les émotions qui rendent chaque destination unique.