Alison Hughes se rend en Charente-Maritime pour visiter les Plus Beaux Villages de Mornac-sur-Seudre et Talmont-sur-Gironde et découvrir la vie le long de l’estuaire…
Deux mouettes volant côte à côte, l’une bleue et l’autre verte, constituent le logo de la Charente-Maritime. Le bleu représente la mer et le vert la terre – les deux éléments qui ont façonné et formé la vie de ses habitants pendant des siècles. Bien qu’elle fasse désormais partie de la très vaste région Nouvelle-Aquitaine, ce département a conservé son caractère unique, marqué par des maisons blanchies à la chaux avec de faibles toits en tuiles de terre cuite, des vignobles et des marais salants.
Je me rendais à la presqu’île d’Arvert, dans le sud-ouest de la Charente-Maritime, une étendue de terre blottie entre deux rivières, la puissante Gironde et la plus petite Seudre. À l’extrémité de chacune se dresse un Plus Beau Village de France – Mornac sur les bords de la Seudre et Talmont sur la Gironde. Tous deux portent également le label Village de Pierre et d’Eau, soulignant l’importance de l’eau, qu’elle soit mer ou fleuve, dans la vie quotidienne. En fait, l’eau salée et l’eau douce se mêlent dans ces estuaires et ce flux et reflux est essentiel à l’une des principales industries de la région: l’ostréiculture. Les plaines inondables plates à côté de la Seudre étaient à l’origine des marais salants, où le sel était récolté pendant plus d’un millénaire, d’abord par les Gaulois puis par les Romains. Cette activité a perduré jusqu’au milieu du XIXe siècle lorsque l’élevage des huîtres dans les bassins peu profonds (connus sous le nom de claires) est passé au premier plan. Cela dit, la production de sel connaît aujourd’hui une certaine renaissance, et les deux industries coexistent harmonieusement.
TRAVERSÉ LES MARAIS ET LES VIGNOBLES
Une excellente façon de voir l’étendue de ce paysage marécageux est de monter à bord du Train des Mouettes, qui relie Saujon à La Tremblade, avec des arrêts en cours de route à Mornac-sur-Seudre et Chaillevette. Ce train à vapeur rénové, parmi les plus anciens de France, avance à un rythme paisible en suivant le cours de la Seudre, offrant amplement le temps d’admirer le patchwork de canaux et de bassins et quelques vignobles occasionnels.
L’idée de ressusciter l’ancien « train des huîtres » est née il y a environ quarante ans, et aujourd’hui plus de 120 bénévoles veillent à son bon fonctionnement. Il faut dire qu’ils semblaient prendre grand plaisir à leur tâche, qu’ils agitaient un pavillon pour un passage clair ou qu’ils toquait le feu des loco quand ils partaient. En descendant du train à Mornac-sur-Seudre, nous avons eu droit à une délectation: c’était le marché annuel des potiers, et des étals chargés de céramiques de toutes sortes, allant des bols en forme de vache aux pots de style gallo-romain, bordaient les rues menant au port. Le village a commencé à attirer des artistes et des artisans dans les années 1950, attirés par son atmosphère tranquille et ses paysages en constante évolution. Les portes des boutiques restaient grandes ouvertes, nous invitant à admirer un artisanat superbe. À l’entrée du village se trouvait une boutique dédiée au macramé, proposant tout, des porte-plantes à une chaise-longue. À proximité, un artiste réalisait des objets entièrement à partir de bois flotté trouvé le long du littoral, et un joaillier fabriquait des colliers à partir de verre de mer.
RECHERCHE DE REFUGE
Une promenade circulaire part de la halle du marché médiéval et longe la façade austère de l’église Saint-Pierre. Son intérieur est très simple, avec une allusion à l’ostréiculture dans un récipient en forme de coquille d’huître, aujourd’hui utilisé pour les fleurs. Figure parmi les nombreuses églises romanes pour lesquelles cette région est célèbre, son extérieur imposant rappelle qu’autrefois les églises servaient aussi de refuges face aux attaques. La rue mène jusqu’au port, revenant en passant devant des maisons blanchies à la chaux avec des volets colorés. Les ruelles étroites rappelaient aux marins les médinas d’Afrique du Nord et ils ont surnommé ce quartier du village le quartier arabe.
Le lendemain nous mena à travers la presqu’île d’Arvert jusqu’à l’estuaire de la Gironde et vers un autre Plus Beau Village, Talmont-sur-Gironde. Comme Mornac-sur-Seudre, le village est piétonnier et est devenu le domicile de plusieurs artisans et artistes. Mais c’est son église emblématique qui attire d’abord l’œil à mesure que l’on approche. Élevée sur un promontoire au bord même de la falaise, sa silhouette est saisissante.
Dédiée à Sainte Radegonde, elle fait face à la Gironde et à la mer au-delà. Au-dessus de la porte nord se trouvent de fines sculptures romanes, conçues comme un guide pictural du salut. À gauche, l’avertissement est clair: pour éviter d’être dévoré par le mal, représenté par deux dragons et un monstre, seul le Christ peut sauver l’âme. À droite, des pénitents qui ont dompté leurs passions, symbolisés par un lion apprivoisé, sont montrés en route vers le paradis.
Sur ordre d’Edouard Ier d’Angleterre, qui était aussi duc d’Aquitaine, le village de Talmont fut construit en bastide, avec des rues droites et croisées qui facilitent les manœuvres militaires. En fortifiant le village, Édouard pouvait contrôler l’entrée de l’estuaire et l’accès au port important de Bordeaux. Aujourd’hui seule la Tour Blanche subsiste parmi les quatre tours d’origine du village, les fortifications ayant été détruites par les Espagnols en 1652.
La mer a dominé l’histoire de Talmont, avec ses hauts et ses bas. Pendant des siècles, les pêcheurs locaux capturaient l’esturgeon; selon la légende, une visite fortuite d’une princesse russe leur aurait appris que les œufs précieux étaient la source d’un caviar de grande qualité – ils jetaient autrefois les œufs à la mer ou les nourrissaient aux canards! Un chef parisien, Émile Prunier, entendit l’histoire et monta une affaire de fabrication dans la région qui fut un succès retentissant. Cependant, l’inévitable arriva et la surpêche entraîna une interdiction dans les années 1980. D’autres méthodes de pêche traditionnelles ont toutefois perduré, comme les bateaux à un homme qui pêchent la maigre, repérant les bancs grâce au bruit que les poissons font pour attirer les femelles.
Quiconque a visité la région aura vu les huttes de pêche sur pilotis qui bordent la côte de la Charente-Maritime. Les carrelets, filets carrés, sont hissés et abaissés depuis la plateforme supérieure au moyen d’un treuil. Bien que les huttes appartiennent à des particuliers, les propriétaires doivent payer un loyer pour l’utilisation de leur petit morceau de mer. De nos jours, elles sont utilisées essentiellement comme des cabines de plage au Royaume-Uni, un endroit où passer du temps en famille et entre amis et peut-être attraper quelque chose pour le dîner. Talmont possède un musée fascinant d’histoire locale et de pêche installé dans l’ancienne école, avec une yole, bateau de pêche traditionnel à quille plate, exposé.
LA VIE DU VILLAGE AUJOURD’HUI
La zone portuaire de Talmont-sur-Gironde a été le centre de plusieurs projets ambitieux: en 1917, après l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, les forces américaines commencèrent des travaux préparatoires dans l’estuaire de la Gironde pour une base de transbordement militaire; et en 1972, une grande marina était envisagée, mais aucun des projets n’a été achevé, et aujourd’hui le port demeure un port de pêche actif.
De retour dans le village lui-même, j’ai rencontré Christine dont la boutique, Le temps des roses, était remplie de cartes, de bougies et de peintures, peintes de ses doigts (sans pinceaux). Elle m’a confié qu’elle avait commencé à peindre comme une forme de thérapie après une maladie grave et qu’elle avait toujours voulu peindre des roses, symbole de paix et d’amour. Elle semble avoir trouvé un équilibre parfait entre travail et vie personnelle, n’ouvrant sa petite boutique que quelques heures par semaine, où elle se laisse aller à sa seconde passion, la musique, au grand plaisir des clients. Un peu plus loin, j’étais ravi de voir une boutique présentant un produit traditionnel – les Charentaises. Autrefois portées uniquement par les personnes âgées, elles se déclinent aujourd’hui en couleurs vives et motifs variés.
Avant de quitter Talmont-sur-Gironde, ma guide Caroline m’a montré une pierre sur laquelle est gravé un palindrome latin. La pierre provenait probablement de la cité gallo-romaine de La Få, dont les vestiges se trouvent à seulement deux kilomètres — un lien avec une époque où, sans doute, ses habitants aussi étaient attirés par cette région de vert et de bleu, la terre et la mer.
ESSENTIELS DES PLUS BEAUX VILLAGES
OÙ SÉJOURNER
Le Port du Paradis, 17600 Nieulle-sur-Seudre
portparadis.com
OÙ MANGER
41 rue du Port, 17113 Mornac-sur-Seudre
COMMENT S’Y RENDRE
- La Charente-Maritime se situe à environ 4 h 30 de Saint-Malo. Bretagne
- Des ferries proposent des traversées nocturnes entre Portsmouth et Saint-Malo.
- Le Train des Mouettes: le train circule tous les jours durant la saison estivale, planning réduit hors saison. Des voyages thématiques sont également proposés.
seudre-ocean-express.fr
INFORMATION
Pour des informations sur la région : royanatlantique.fr