L’aube m’atteint, perdu parmi les orangers. Un coq chante au loin et les palmiers dialoguent avec le Segura, le fleuve minimaliste qui s’avance en laissant un tapis de citronniers, de hérons et de roseaux. Et peu à peu, le ciel devient d’un bleu onirique que contemplait le poète murcien Vicente Medina : « On dirait que déjà au ciel, tout comme chez les hommes qui ne ressentent pas les peines des pauvres, ni l’éclat d’une larme ne se perçoit. » Quelque chose comme ça.
Le dernier recoin mauresque de l’Espagne fut aussi un lieu de contemplation pour les moines soufis qui trouvèrent la paix entre montagnes et vergers, laissant une trace à une génération d’entrepreneurs qui ont insufflé une nouvelle vie à la Vallée de Ricote, cœur d’une huerta murcienne remplie de hasards heureux qui jaillissent comme les citrons et les oranges.
Valle de Ricote: longue vie à la huerta
Sur le bord de la route, La Olivera Gorda, l’arbre le plus âgé du Valle de Ricote, demeure caché, presque imperceptible, comme une immense matrice dont les branches murmurent des mots : l’al-saqiya, ou acequia ; l’as sad, l’azud – comme celui d’Ojós –, l’azarbe, ou la canalisation qui recueille les eaux excédentaires de l’huerta. L’héritage morisque et la connexion des ricotéens avec leur environnement battent dans un recoin de la Région de Murcie dont le paysage pourrait appartenir à un belén, à un désert, à un oasis au milieu du tumulte actuel. Une langue verte et sinueuse qui s’ouvre chemin entre les montagnes et caresse des recoins camouflés dans la mémoire.
L’icône balnéaire d’Archena qui avait déjà enchanté les Romains; ou la Maison du Curé, conçue par le même Gustave Eiffel en 1910. Le créateur de la Tour Eiffel passa une saison dans la Région, invité par José Ríos Torrecillas, un exportateur de fruits, voisin du village d’Ulea, qui finit par le convaincre de concevoir une maison où il pourrait vivre avec sa famille.
Des espaces où l’arôme du pisto traverse les ruelles de linge étendu et de balcons fleuris, où les canards cheminent le long de la rive, et où une huerta hispano-musulmane parle de résilience et de miracles où les mots se cristallisent dans le paysage : des villages de chaux et d’azulejos jusqu’aux palmeraies, bancales, azudes et autres éléments qui tissent la magie qui ici jaillit sous forme de haricots, de tomates, d’abricots, de pêches, d’oranges, de citrons et de figuiers.