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7 raisons de visiter le musée Dobrée à Nantes

Le fils d’un armateur a passé des décennies et la majeure partie de sa fortune à réunir un cabinet de curiosités à la lisière du centre-ville de Nantes. Le musée a été rouvert après plus d’une décennie de fermeture et de réaménagement, et il figure parmi les lieux les plus surprenants, tout en restant l’un des plus discrets, de l’ouest de la France.

Il y a un moment, au musée Dobrée, où l’on se rend compte qu’on est passé d’un sanctuaire gallo-romain à une assiette de porcelaine de Sèvres, puis à une châsse égyptienne sans jamais, consciemment, avoir quitté le même lieu. Ce n’est pas un simple hasard de la mise en valeur. Le musée a été rouvert en mai 2024 après treize années de fermeture et une refonte complète, et son principe directeur était de préserver le désordre agréable d’un chez-soi de collectionneur plutôt que de le lisser jusqu’à une chronologie parfaite.

1. Trois bâtiments, quatre siècles, un seul site

Le Dobrée est en réalité une collision architecturale. Il y a le Manoir de la Touche, une résidence de campagne des évêques du XVe siècle qui a servi d’hôpital de peste, de couvent dominicain et de séminaire pour les catholiques irlandais fuyant les persécutions chez eux. Il y a la demeure néo-romane que Thomas Dobrée a commandée en 1863 à Viollet-le-Duc, dont il rejetta rapidement le croquis gothique, le redessinant lui-même et ajoutant une tour de trente mètres pour faire bonne mesure. Et il y a le bâtiment Voltaire, une dalle de brutalisme des années 1970 qui abrite désormais l’entrée, le café et la boutique. La rénovation de l’Atelier Novembre a relié les trois par un acier corten patiné : une canopée, une rampe, un passage souterrain sous le jardin. Le rouille-orange fait écho à tout ce qui était déjà là, le granit des décombres du manoir, le schiste et le calcaire de Chauvigny de la maison, le béton brut du bloc des années 1970, comme il se doit.

© Roberto Giangrande / Département de Loire-Atlantique

2. Le cœur d’Anne de Bretagne

Si le musée possède un seul objet célèbre, c’est le petit reliquaire en or et émail conçu pour contenir le cœur d’Anne de Bretagne, duchesse de Bretagne et deux fois reine de France. Elle l’a fait réaliser de son vivant afin que son cœur puisse reposer à côté de ses parents à Nantes pendant que son corps partirait à Saint-Denis avec les rois et reines de France. Après sa mort en 1514, le reliquaire parcourut les routes de Blois à Nantes en près de deux mois, escorté par ses conseillers et ses hérauts. Lorsque les autorités du XVIIIe siècle ouvrirent la tombe pour vérifier que le cœur était toujours là, elles découvrirent le cercueil intact et le cœur liquéfié. Il fut saisi pendant la Révolution, sauvé de la fonte à Paris et finalement ramené à Nantes. En 2018, il fut volé dans une exposition et retrouvé quelques jours plus tard. Il est revenu à l’affichage public depuis la réouverture.

© Public domain, via Wikimedia Commons

3. Une collection qui refuse de se cantonner à une seule thématique

Environ 2 400 objets sont exposés sur quatre étages et 36 salles, puisés dans un fonds de 130 000 pièces. L’étendue couvre 500 000 années et cinq continents, ce qui peut sembler marketing jusqu’à ce que l’on fouille le parcours: une hache polie datant d’environ 4500 av. J.-C., un statère d’or gaulois que Dobrée considérait comme l’une des plus belles pièces frappées, un sanctuaire domestique romain mis au jour sous l’église de Rezé avec ses figurines encore en place, un coffret reliquaire limousin de saint Calmin, 119 armes dans la galerie Rochebrune, une bouteille Mochica du nord du Pérou, un cabinet de curiosités d’Anvers en écaille et ivoire, du verre Art Nouveau par Daum et Majorelle. Et oui, un chat momifié.

4. Les collectionneurs font partie de l’exposition

La plupart des musées cachent leurs donateurs dans des cartels muraux. Le Dobrée les place au centre. Chaque étage est ponctué de portraits des personnes qui ont constitué les collections: Fortuné Parenteau, qui est venu à l’archéologie par les pièces et les bijoux et est devenu le premier conservateur du musée départemental; Auguste Cullère, boulanger né à Nantes devenu prêtre sur l’Amazonie qui envoya chez lui 300 objets amazonidiques; Marie-Madeleine Fourgheon-Salce, membre de la délégation française à Nuremberg qui passa quatre décennies à acheter de l’art précolombien avec son mari. Thomas Dobrée lui-même apparaît comme un obsédé passionnant. Dans une lettre de 1861, il écrivait combien il restait encore à chasser et à acheter pour rendre sa maison précieuse en livres, meubles et antiquités. Il mourut en 1895 avec le bâtiment inachevé; le département le termina et ouvrit le musée le 8 janvier 1899.

Thomas Dobrée © Paul Émile Chabas, Public domain, via Wikimedia Commons

5. Il est exceptionnellement bon avec les enfants, et avec tout le monde

Le musée détient le label « Musée Joyeux » de l’association familiale Mom’art, et cela se voit. Il y a un espace familial près du guichet avec des livres et des jeux, dix tables ludiques et sensorielles le long du parcours permanent, et un guide gratuit pour smartphone avec plusieurs itinéraires à choisir, dont l’un est conçu autour des objets les plus effrayants du musée pour les plus de dix ans. L’accessibilité a été traitée comme une condition fondatrice plutôt que comme une réinvention: des tables sensorielles conçues avec l’institut Ocens pour les visiteurs aveugles et malvoyants, des films sous-titrés, du contenu en LSF, des boucles magnétiques, des plans en grosses lettres, des livrets en français simplifié, des sacs sensoriels avec des bouchons d’oreilles et des jouets anti-stress.

© Roberto Giangrande / Département de Loire-Atlantique

6. Le jardin ne coûte rien

L’hectare de jardin anglo-normand, au centre du site, est libre et ouvert à tous, changement opéré après que des ateliers citoyens eurent repoussé le plan initial d’un jardin musée payant. La section centrale est plantée comme une collection à part entière, un clin d’œil aux racines de la famille Dobrée dans les Îles Anglo-Normandes et à leur goût pour les exotismes acclimatés: palmiers, yuccas, gingembres, bananes, avec une fontaine en corten en son cœur. Au nord se trouve un jardin pour enfants avec une tour d’escalade et un toboggan, et un bestiaire d’animaux tirés de la décoration sculptée de la maison: ours, corbeau, hibou. Le café sur la façade sud est géré par BAMe, une entreprise d’insertion professionnelle; la moitié de son personnel est issue de programmes d’emploi, et la terrasse est l’un des endroits les plus agréables pour s’asseoir dans le quartier Graslin lors d’un après-midi chaleureux.

© Paul Pascal / Département de Loire-Atlantique

7. Quelque chose de différent tous les quelques mois

Le cabinet d’arts graphiques au rez-de-chaussée tourne tous les trois mois pour des raisons de conservation, ce qui signifie que les visites répétées sont récompensées plutôt que redondantes. Jusqu’au 20 septembre 2026, il présente une exceptionnelle sélection de Félix Benoist, dessinateur et lithographe du XIXe siècle dont les vues des monuments et des paysages de Loire-Atlantique constituaient les recommandations touristiques de leur époque. Dans le manoir, l’espace d’exposition temporaire de 400 m² présente actuellement Sommeils légers d’Ali Cherri jusqu’au 6 septembre 2026. Les expositions précédentes allaient des gravures de Dürer issues de la collection propre du Dobrée à À cœurs ouverts, qui associait amulettes égyptiennes, sérigraphies de Warhol et ivoires médiévaux.

Musée Dobrée, 1 place Jean V, 44000 Nantes. Ouvert du mercredi au dimanche, de 10h à 18h (jusqu’à 19h en juillet et août) ; fermé les lundis et mardis, et les 1er janvier, 1er mai, 14 juillet et 25 décembre. Entrée 9 €, réductions 6 €, gratuit pour les moins de 26 ans, les demandeurs d’emploi, les visiteurs en situation de handicap et un accompagnant, et détenteurs du Pass Nantes. Les jardins, le café et la boutique sont libres d’accès. À dix minutes à pied de la place Graslin ; parking vélos sur la place Jean V. musee-dobree.fr

Crédit de l’image principale : © H. Neveu-Dérotrie / Musée Dobrée – Grand Patrimoine de Loire-Atlantique

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Pierre Le Blanc

Pierre Le Blanc

Je suis Pierre Le Blanc, passionné de voyage, de nature et de découvertes locales. À travers Tourisme Le Blanc, je partage ma vision d’un tourisme authentique et respectueux. J’aime raconter les lieux, les gens et les émotions qui rendent chaque destination unique.