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Normandie : terrain d’inspiration impressionniste – La France Aujourd’hui

Caroline Mills voyage en plein air à travers la Normandie, explorant les lieux chéris par les artistes impressionnistes…

📢 En faisant défiler les magnifiques images, pourquoi ne pas écouter notre article narré ? C’est une excellente façon pour les membres de France Today de plonger plus profondément dans l’histoire tout en profitant des visuels. Nous espérons que vous aimerez cette expérience, et nous aimerions connaître votre avis — n’hésitez pas à partager vos impressions dans les commentaires ci-dessous ! Bonne écoute !

Je suppose que vous savez que vous avez réussi en tant que star du cinéma lorsque vous avez une élégante cabane de bain nommée d’après vous, surplombant la Manche à Deauville. John Travolta, James Dean, Stanley Kubrick… ils sont tous ici. Mais qu’en est‑il des artistes qui se sont fait un nom le long des rives de Normandie et ont aidé à mettre Deauville, et sa voisine, Trouville‑sur‑Mer, sur la carte ? Eh bien, ils obtiennent des expositions d’art, voire une galerie entière à Paris, et leurs tableaux sont admirés et analysés pour toujours.

Je ne suis ni critique d’art professionnel ni artiste ; je ne peux tenter que de peindre avec des mots et, en tant qu’amateur d’art impressionniste, de regarder et d’admirer. Par conséquent, ce n’est pas un essai érudit sur l’impressionnisme ; plutôt une impression, si l’on veut, des paysages normands qui ont attiré un groupe d’artistes du XIXe siècle connus sous le nom d’impressionnistes, et ceux qui les ont précédés et suivis. Car je peux apprécier ce que transmet la lumière et la couleur en Normandie qui les a amenés ici.

Ma tournée commence au Cap de la Hague, à l’extrémité nord-ouest de la péninsule du Cotentin. C’est une côte sauvage de petites prairies remplies de bétail, ciselées par des haies formées d’arbres courbés et vieillissants par le vent qui semblent des vieilles sorcières brassées par le vent. Un paysage impitoyable de rochers durs, et une lumière hivernale pâle avec un seul rayon de soleil qui se fraye un chemin entre des nuages gris au-dessus d’une mer vert-de-gris.

Ce n’est pas le paysage de Claude Monet, mais celui de Jean-François Millet, pré-impressionniste et figure de proue de l’école de Barbizon, qui arpentait les chemins côtiers de la péninsule du Cotentin à la recherche d’inspiration. Mon trajet sur le Sentier des Douaniers constitue une introduction idéale. Millet était surnommé « le peintre paysan » pour sa représentation des paysans dans les champs. Il est né à Gruchy, un hameau de cottages en pierre grise colorés par les camélias à l’est du Cap de la Hague. Depuis le musée de sa naissance, j’entreprends une marche côtière de 5 km ponctuée de panneaux d’interprétation reliant 10 de ses tableaux au paysage. Je suis le chemin vert sinueux jusqu’au point de vue sur le Rocher du Castel‑Vendon — un bloc rocheux enveloppé de cuivre au milieu des falaises escarpées de Landemer. Le tableau de Millet représentant ce lieu est exposé au Musée Thomas Henry à Cherbourg, tout proche.

Parmi des champs de chou et de poireaux colorés, je me rends au Phare de Gatteville, qui domine le port de Barfleur à l’extrémité nord‑est de la péninsule. L’écume de mer bouillonnante pulvérise les petites routes de campagne sous le vent d’une tempête. Le phare, le troisième plus haut phare « traditionnel » du monde, fut peint en 1934 par Paul Signac, qui captura les teintes de la mer par des coups de pinceau mauves et verts.

Après un retour à l’intérieur à Caen pour visiter le Musée des Beaux-Arts, j’ai un avant-goût des premières œuvres impressionnistes. La galerie comprend des peintures d’Impressionnistes nés en Normandie tels que Stanislas Lépine, originaire de Caen, qui expose ses vues paysagistes sur la Seine lors de la première exposition impressionniste en 1874. Il y a aussi des œuvres de Paul Huet, originaire de Rouen, qui est apparu à la naissance de l’Impressionnisme avec une peinture du port d’Étretat. Et puis il y a Poitevin, qui peignait alors que le tourisme balnéaire se développait le long de la côte normande. Il bâtit une villa à Étretat avec un studio surplombant la plage ; son tableau Une plage normande, soir d’été est accroché dans la galerie. Mais c’est la vue de quelques toiles d’Eugène Boudin sur les plages de Deauville et Trouville-sur-Mer qui m’inspirent à me diriger vers la Côte Fleurie de la Normandie.

La plage de Deauville, qui attire des milliers de vacanciers en été, est déserte, les bars de plage rayés de bonbons sont fermés et les nuages tourbillonnent.

Boudin, fils d’Honfleur, passa chaque été à partir de 1864 à Deauville et Trouville et, à partir de 1884, il y vécut les dernières années de sa vie. Il fut le « maître des cieux », peignant en plein air pour capturer la lumière éphémère à mesure qu’elle change. Impossible ! Car mon temps à Deauville se déroule sous une lumière qui change sans cesse.

LE BERCEAU DE L’IMPRESSIONNISME

Et puis le soleil du soir émerge d’un ciel capricieux, projetant des reflets sur les ondulations du sable mouillé à Trouville, une luminosité dorée et crème se mêlant aux gris et bleus, éclairant les façades de front de mer des villas à colombages. Un jeune enfant ramasse des coquillages, jouant près de sa mère, des promeneurs avec chiens longent le rivage, et j’imagine la scène telle une peinture. La vie qui imite l’art…

Bien que l’art en plein air de Millet ait intriguant Monet, c’est Boudin qui a vraiment encouragé le jeune Claude à peindre en plein air, notamment autour d’un cidre et d’un repas copieux dans les jardins de La Ferme Saint-Siméon à Honfleur, où je me rends ensuite. Ce qui, en 1825, était une humble auberge de ferme dirigée par Mère Toutain est aujourd’hui un charmant hôtel bucolique cinq étoiles. C’est aussi un point central en tant que lieu de naissance de l’impressionnisme, car c’est ici que les artistes Boudin, Monet, Camille Corot, Frédéric Bazille, Gustave Courbet et le peintre hollandais Johan Jongkind, ainsi que d’autres amis, séjournaient (Monet y passant une année entière en 1866-67), installant un studio et passant de bons moments sous l’œil attentif de Mère Toutain, qui offrait le couvert et le logis près du feu d’hiver ou sous les arbres fruitiers du verger en été.

Il y a des dizaines de peintures de ou sur La Ferme Saint-Siméon ; plus de 30 d’entre elles sont exposées sur des panneaux dans une exposition d’art permanente en plein air dans les jardins de l’hôtel. La Charrette Route sur la neige à Honfleur, peinte par Monet en 1867, représente le bâtiment qui abrite aujourd’hui La Boucane. Une copie est accrochée dans le restaurant ; l’original est au Musée d’Orsay à Paris.

L’aube se lève au-dessus du Vieux Bassin à Honfleur, les bâtiments élancés se penchent dans le miroir de l’eau. C’est un lieu bondé de touristes en été, mais ce matin je partage la scène seulement avec quelques pêcheurs déchargeant leur prise sur le Quai de la Quarantaine. Comme les artistes le faisaient, je parcours les rues étroites. Une visite guidée à pied, « Sur les pas des peintres à Honfleur » (remportez le guide de sentier au bureau d’information touristique), s’arrête sur les lieux où chaque artiste installait son chevalet pour peindre la scène. Mais c’est Le Havre, de l’autre côté de l’estuaire de la Seine, où la lumière de l’aube est peut-être la plus importante pour l’impressionnisme.

C’était ici, en 1872, que Monet peignit une image nébuleuse des quais, du lever du soleil et de la lumière se reflétant dans l’eau. Il écrivit ensuite la légende de ce tableau pour la première de huit expositions indépendantes d’un groupe d’artistes qui peinaient à être reconnus par le monde de l’art – Impression, Soleil Levant. Et, ainsi, par une remarque acerbe du critique d’art Louis Leroy, « l’Impressionnisme » devint une réalité.

Le Musée d’art moderne André Malraux (MuMa) se trouve à quelques pas de ce lieu d’aube. Il abrite l’une des plus belles collections normandes d’œuvres pré-impressionnistes et impressionnistes, comprenant 125 œuvres de Boudin ainsi que des pièces de Claude Monet, Édouard Manet, Maxime Maufra, Jongkind, Alfred Sisley et Pierre-Auguste Renoir. Raoul Dufy achève le tableau avec plusieurs œuvres fauves aux couleurs audacieuses, y compris plusieurs peintures de scènes locales.

DE LA COSTE AU FLEUVE

Nord-est du Havre, je parcours le sentier côtier (GR31 Sentier du littoral) d’Étretat pour admirer les falaises de craie vertiginales de la Côte d’Albâtre plongeant dans la mer. Boudin, Courbet, Berthe Morisot et Camille Pissarro y ont peint, tout comme Monet qui, au petit village des Petites-Dalles, coincé dans une vallée étroite entre les falaises, captura la lumière avec une intimité lors d’un bref séjour après le décès de sa première épouse. Il n’y a qu’un éclat d’argent sur la mer à l’horizon lorsque je regarde depuis la plage de galets des Petites-Dalles, un gris acier infiltré de rouille sur l’eau sous les falaises, reflétant un glissement de terrain qui souille le calcaire. Ce n’est pas sans rappeler l’impression de Monet à ce sujet.

Ce n’était pas seulement la côte normande qui inspira les peintres impressionnistes, mais aussi la Seine entre Paris et son estuaire au Havre. Je pénètre dans les terres, traversant au grès des boucles célèbres de la rivière jusqu’à La Bouille. Le village fluvial, situé à quelques kilomètres en aval de Rouen, attire des artistes depuis des années. Sisley y a peint (les tableaux se trouvent au Musée des Beaux-Arts de Rouen), tout comme Albert Lebourg et Paul Gauguin. Un petit ferry automobile va et vient entre les rives, avec des falaises de craie bordées d’arbres qui se dressent derrière le village.

Je retrace son histoire à partir d’une série de panneaux placés le long de la agréable promenade à réverbères et dans le cœur historique, où les privilégiés faisaient faire leurs coiffures en attendant qu’un bâtiment à vapeur les emmène en amont vers Rouen. Aujourd’hui, des studios d’art et d’artisanat parsèment les cafés. À Rouen, je me tiens à l’endroit où Monet se tenait pour contempler les détails délicats de la façade ouest de la cathédrale avant de visiter l’extraordinaire Musée des Beaux-Arts, qui détient la plus grande collection d’œuvres impressionnistes en dehors de Paris.

Il comprend Vue générale de Rouen, peinte par Monet depuis la Côte Sainte‑Catherine, le point de vue sur la ville accessible après une promenade de 30 minutes depuis la cathédrale. Ma visite tardive en hiver signifie que la Maison et les Jardins de Monet à Giverny sont fermés, et je ne peux que me rappeler, en esprit, mes visites passées pour voir les tulipes printanières, les dahlias d’été et les feuilles d’automne reflétées dans l’étang aux nénuphars. Mais il y a une fleur que j’associe à la Normandie plus que toute autre : l’iris. Et le long des ruelles et dans les jardins des villages alors que je me rends vers la tombe de Monet à travers le calme hivernal, les pointes de feuilles d’iris percent le sol à l’arrivée du printemps.

PORTRAIT DE L’ARTISTE

Cette année marque un siècle depuis la mort de Claude Monet, considéré comme le maître de l’impressionnisme. Presque chaque photographie utilisée pour illustrer sa vie le montre comme un vieil homme à la barbe blanche, ayant maîtrisé ses peintures de coquelicots et de bâtiments parlementaires, de tas de foin et d’intérieurs. Pourtant, il existe une peinture de Boudin de 1864 intitulée À Saint-Siméon, les buveurs attablés. C’est une aquarelle représentant quatre artistes, dont un Claude Monet d’une vingtaine d’années, assis autour d’une table, passant un bon moment. Monet, les cheveux coiffés, la moustache épaisse et portant une cravate rouge, lève un verre – pas encore célèbre et avec toute sa vie artistique devant lui, rêvant de gagner sa vie en tant qu’artiste. C’est ainsi que j’aime l’imaginer.

Pierre Le Blanc

Pierre Le Blanc

Je suis Pierre Le Blanc, passionné de voyage, de nature et de découvertes locales. À travers Tourisme Le Blanc, je partage ma vision d’un tourisme authentique et respectueux. J’aime raconter les lieux, les gens et les émotions qui rendent chaque destination unique.