Brigitte Bardot a quitté la scène du cinéma il y a des décennies. Aujourd’hui, elle a quitté le monde pour de bon. Ce qui demeure, c’est son héritage extraordinaire au service des animaux.
Dans certaines cultures, on croit que lorsque l’on meurt, on traverse un long pont. Sur ce pont, on croise tous les animaux qui ont croisé notre chemin au cours de notre vie. Eux, et eux seuls, sont ceux qui décident si vous allez au paradis ou en enfer, en se basant sur votre comportement envers eux.
S’il existe une part de vérité dans ce conte populaire, des dizaines de milliers d’animaux faisaient la queue sur le pont et acclamaient lorsque Brigitte Bardot, âgée de 91 ans, l’a traversé le 28 décembre 2025, par un dimanche matin froid mais ensoleillé. Et elle s’est probablement arrêtée à de nombreuses reprises, serrant dans ses bras des chiens bien-aimés, caressant des chats adorés, et faisant signe de la main à des poules, des chèvres, des phoques, des éléphants et bien d’autres encore. Voilà qui elle était au plus profond d’elle-même : une amoureuse et protectrice des animaux.
Cette femme qui, au cours de vingt années, a redéfini le cinéma français et écrit de nouveaux codes sur ce que signifiait être une femme moderne et libérée, ne s’intéressait pas aux atours de son succès en tant que l’une des plus grandes stars du cinéma de son époque. Âgée de 39 ans, elle franchit enfin le pas et dédia sa vie à celles et ceux qui – à la différence de sa famille, des personnes du milieu du cinéma, de partenaires romantiques et de « amis » – ne l’avaient pas blessée, trahie et exploitée. Mais qu’elle le veuille ou non, sa célébrité a perduré des décennies, et à ce jour, il existe encore des expositions, des livres et des films non autorisés sur elle.
Elle n’a collaboré qu’une seule fois à un documentaire de ce type : « Bardot », présenté quelques semaines avant son décès, qui raconte brillamment son histoire avec de grands détails. Pour la première fois, elle s’est exprimée avec franchise sur sa vie – le bon, le mauvais et le laid. La passion qu’elle éprouvait pour son travail de protection des animaux était palpable. Il était clair : pour elle, sa carrière et sa célébrité n’avaient toujours été qu’un moyen d’être à côté de ceux qu’elle aimait le plus et de faire ce qu’elle aimait le plus faire. Et au cours de ces cinquante années environ, elle a établi un bilan inégalé que nul autre particulier, ni même des gouvernements, n’a pu égaler.

Elle n’a jamais quitté le monde du divertissement mais n’a jamais cessé d’œuvrer pour le travail qui lui tenait tant à cœur. À 90 ans, lorsque la plupart des icônes passent leurs journées à recevoir des prix d’nyes et à se complaire dans la nostalgie, Brigitte Bardot menait une campagne. Depuis La Madrague, sa bien-aimée ferme rocheuse à Saint-Tropez, elle poursuivait sa correspondance distinctive, dans ces lettres arrondies et écrites sur des marges serrées qui étaient devenues aussi reconnaissables que sa signature… plaidant pour la libération du capitaine Paul Watson, mobilisant les ressources de sa fondation pour une nouvelle campagne d’adoption, intervenant au nom d’animaux individuels qui avaient besoin d’elle, exhortant les chefs d’État à renforcer les lois sur les droits des animaux, et même admonissant publiquement les médias pour des reportages trompeurs sur sa disparition et pour avoir critiqué la procédure normale consistant à déplacer les animaux de son domaine privé vers les refuges de sa fondation.
B.B. ne se reposait jamais sur tous les lauriers qu’elle avait acquis, même lorsque sa santé commençait à décliner. « Je n’ai pas le temps de regarder en arrière », dit-elle à l’une des rares visiteuses qu’elle recevait encore. « Il y a trop de choses à faire ». C’était la réponse Bardot la plus imaginaire : indifférente à sa légende, entièrement dévouée à son objectif. Même après une opération récente et une hospitalisation, elle était prête à revenir au travail, entourée de ses animaux de sauvetage, comme toujours.
Comme l’un de ses derniers actes publics, elle publia Mon BBcédaire, un livre sur lequel elle travaillait entre 2020 et 2025. Un abécédaire de A à Z, il était quintessential Bardot : sans filtre, acéré, tendre par instants. Elle y écrivait sur les gens qu’elle avait aimés, les causes qu’elle avait défendues, et le monde tel qu’elle le voyait. C’était son testament final, rédigé de sa propre main.

Ayant vécu sur la Côte d’Azur la majeure partie de sa vie, elle était une visite habituelle à Cannes – autrefois icône du cinéma durant sa jeunesse, et activiste soutenant le maire David Lisnard dans ses années ultérieures. « Brigitte Bardot incarnait la liberté : la liberté des femmes, la liberté sur son corps, la liberté de faire ses propres choix, la liberté de maîtriser sa carrière. Elle incarnait aussi la liberté d’expression », réagit-il à son décès. Lisnard, président de l’Association des maires de France, a participé à des discussions avec la Fondation Brigitte Bardot et d’autres institutions sur la façon dont les élus se positionnent sur le bien-être animal, y compris des sujets comme la cohabitation avec les animaux sauvages et le rôle des municipalités en ce qui concerne les animaux errants et sauvages. « La carrière de Brigitte Bardot a aussi été marquée par son travail inlassable en faveur des droits des animaux, qu’elle a défendu comme personne d’autre. Prédestinée à être celle d’une icône publicitaire, sa carrière était unique, comme sa vie, gouvernée uniquement par ses choix et son talent », a-t-il ajouté.
Brigitte Bardot a vécu sa vie avec authenticité et fidèlement à elle-même. Elle ne voulait pas être rappelée pour ce à quoi elle ressemblait à 22 ans. Elle voulait être rappelée pour ce pour quoi elle s’était battue à 91 ans, et pour chaque année avant cela. À cet égard, elle a parfaitement réussi. La fondation qui porte son nom poursuit son œuvre, et les lois qu’elle a aidé à faire adopter protègent des millions d’animaux. Les milliers d’êtres qui ont trouvé refuge à La Madrague et dans les refuges de sa fondation ont vécu parce qu’elle l’a voulu. Sa dernière campagne, son dernier livre, ses dernières interventions : tout cela au service des sans-voix.

Elle a choisi le sens plutôt que l’immortalité, la substance plutôt que l’image, et une vie de sens plutôt qu’une vie d’adoration. En fin de compte, c’était sa plus grande performance, et le seul applaudissement qui l’intéressait était celui des animaux sur le pont.
