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La jam session à La Malmaison, Cannes : 24 ans de préparation

Une nouvelle exposition apporte toute l’exubérance et la vitalité de Los Angeles à la Croisette

À bien des égards, la première exposition monographique de Carole Benzaken au musée La Malmaison de Cannes est un retour vers ses racines. La peintre née à Grenoble quitta la France en 1997 pour Los Angeles, où elle trouva un foyer spirituel et artistique pendant sept ans. Après son retour en France, avec quelques toiles inachevées en poche, elle devint l’une des peintres les plus célébrées de sa génération.

Mais c’est en restant debout près des fenêtres lors d’une visite du centre d’art contemporain de Cannes et en dominant la plage bordée de palmiers qui longe la mer Méditerranée que quelque chose s’est déclenché, rappelant avec une telle intensité la Californie qu’il a suffi à déverrouiller ce que Paris n’avait jamais pu : elle a finalement terminé les trois toiles inachevées. Et, vingt-quatre ans après les avoir commencés, celles-ci se trouvent aujourd’hui au cœur de son exposition « Jam Session » dans le même lieu qui l’a inspirée à le faire.

En leur donnant les titres Slauson, E Hyde Park Bvd et 67th St, tirés des rues du quartier South Central de LA, ces trois tableaux ont été commencés pendant une période intense d’immersion dans l’une des villes les plus visuellement écrasantes du monde. Benzaken a peint sur le sol, filmé à travers le pare-brise de sa voiture la nuit en conduisant, absorbant la lumière, l’échelle, la culture du jazz, l’intensité visuelle implacable d’un lieu où, comme elle le disait, tout était grand ouvert et il n’existait aucune hiérarchie entre les médiums. Los Angeles a donné à sa pratique une nouvelle urgence physique; elle a aussi, apparemment, laissé des questions auxquelles elle n’était pas prête à répondre en peinture. Et, chose étrange, c’est dans la paisible, chic et urbaine Croisette de tous les lieux que les conditions idéales se sont enfin réunies.

Avec ces trois œuvres, Jam Session réunit environ 135 peintures, dessins et vidéos couvrant plus de trois décennies de la pratique de Benzaken. La structure suit la logique du titre : les œuvres de périodes différentes sont regroupées non pas chronologiquement mais selon une affinité visuelle et émotionnelle, de la même manière que des musiciens lors d’une jam session construisent des variations sur un thème commun. Chaque étage de La Malmaison propose une interprétation différente des mêmes préoccupations – un autre angle, une autre tentative d’entendre ce que le matériau dit. Les salles se répondent les unes les autres. L’exposition accumule du sens au fur et à mesure que l’on la parcourt.

(Éclats) Forteresse, 2024Encre de Chine et acrylique sur toile200 x 170 cm© Carole Benzaken, Adagp 2026,cliché David Bordes, Courtesy del'artiste et Galerie Nathalie ObadiaParis / Bruxelles

Benzaken s’intéresse au cycle de vie des images : comment elles voyagent dans la culture, comment elles se dégradent et se transforment au fil du trajet, et ce qui survit au voyage. Ses surfaces peintes absorbent des fragments de la vie visuelle contemporaine : le cinéma, la photographie, l’afflux sans cesse renouvelé d’écrans, retravaillés, superposés et partiellement effacés jusqu’à ce que ce qui reste se situe au seuil de la reconnaissance. Une grande partie de son travail paraît hors focus, avec un sentiment d’urgence, mais il représente véritablement la vie et l’énergie elles-mêmes. C’est à Los Angeles qu’elle a décrit son ambition de manière plus directe : « faire du cinéma en peinture ».

Deux autres ensembles d’œuvres dans l’exposition méritent d’être repérés. Candide est une série de dessins en noir et blanc sur du papier calque, rétroéclairés et présentés comme des boîtes lumineuses. Ils captent des moments ordinaires et éphémères qui autrement disparaîtraient sans trace. Et des extraits de Search for the New Land, l’œuvre vidéo présentée au Centre Pompidou après que Carole Benzaken ait remporté le Prix Marcel Duchamp en 2004, apparaissent ici en dialogue avec des peintures réalisées sur l’ensemble de sa carrière, affinant les deux.

Carole Benzaken expo Jam Session in Cannes poster

Le cadre jazz va au-delà du simple cadre décoratif. L’artiste a expliqué qu’elle a d’abord compris le jazz correctement à Los Angeles, saisissant comment les musiciens improvisent sur une norme, comment la variation et la structure se tiennent mutuellement dans une tension productive. Cette compréhension est désormais intégrée à l’architecture même de l’exposition. Et Cannes, avec son histoire d’accueil de grands artistes de jazz internationaux, peut s’y reconnaître. Une Jam Session picturale et cinématographique à ne pas manquer !

Exposition Carole Benzaken Jam Session | La Malmaison, Cannes | Se tient jusqu’au 21 juin 2026

Entrée 6,50 € (tarifs réduits disponibles)

Horaires : Fermé les lundis ; ouvert de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h du mardi au dimanche

La Malmaison
47 boulevard de la Croisette
06400 Cannes

Tél. : +33 (0)4 97 06 45 21

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Pierre Le Blanc

Pierre Le Blanc

Je suis Pierre Le Blanc, passionné de voyage, de nature et de découvertes locales. À travers Tourisme Le Blanc, je partage ma vision d’un tourisme authentique et respectueux. J’aime raconter les lieux, les gens et les émotions qui rendent chaque destination unique.