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Gravité Zéro, Sans Compromis : l’art au bord du possible

Deux expositions d’art simultanées à l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux offrent le cas le plus inattendu en faveur de la liberté artistique

Le savant suisse Jürg Nänni n’a jamais tenu un pinceau. L’artiste brésilien Eduardo Kac n’est jamais allé dans l’espace. Et pourtant, les œuvres que ces deux hommes ont mises en mouvement — l’une dans un atelier paisible du village suisse d’Umiken, l’autre en collaboration avec un astronaute à bord de la Station spatiale internationale — figurent parmi les arts les plus véritablement aventureux à voir sur la Côte d’Azur au printemps.

L’Espace de l’Art Concret (eac) à Mouans-Sartoux propose quelque chose de rare: deux expositions indépendantes mais complémentaires, toutes deux en cours jusqu’au 3 mai 2026, qui s’éclairent mutuellement de manières qu’aucune n’aurait pu réaliser seule. Et que ces deux ensembles d’œuvres partagent le même bâtiment au même moment n’est pas une coïncidence mais une conviction curatoriale.

The eac exhibition marks the first time the work of this Swiss scientist-turned-artist has been presented in France – which would be unremarkable were it not for the fact that Nänni died in 2019 having spent decades producing over 1,400 works in near-total obscurity. A physicist by training, he taught mathematics, building physics and computer science at the University of Applied Sciences in Brugg-Windisch for the better part of his career, and arrived at visual art through the side door – self-taught, unaffiliated, accountable to nobody.

What he made, once he got there, defies easy categorisation. Working from the late 1980s onwards, Nänni used strict mathematical rules and computer tools to generate compositions in primary colours – blue, yellow and red, with black and white in supporting roles – governed entirely by algorithmic logic. Random generators and cellular automata produced patterns that no individual hand, however skilled, could have planned. 

The results range from early Cartesian grids of cool rigour to the vibrant moiré waves and freely shaped multicoloured forms of his later years: a visual arc that feels, in retrospect, like the history of Concrete Art compressed into a single private practice.


Nänni connaissait parfaitement les œuvres canoniques du groupe zurichois de l’Art Concrete, admirait les compositions chromatiques rigoureuses de Richard Paul Lohse et l’orthogonalité radicale de François Morellet. Mais sa recherche est allée plus loin, vers un territoire qui lui était véritablement propre, utilisant le clavier d’ordinateur comme principal instrument à une époque où cela était tout sauf normal dans les cercles artistiques. Le fait que son œuvre soit restée largement méconnue de son vivant, et n’ait été cataloguée de manière exhaustive qu’après sa mort, confère à cette rétrospective une dimension élégiaque, comme si toute une conversation s’était déroulée dans une pièce vide, et que quelqu’un avait enfin pensé à en ouvrir la porte.

L’exposition n’est pas purement cérébrale. Une installation tactile appelée Colour Kiosk permet aux visiteurs d’explorer les expériences chromatiques de Nänni directement et avec jeux — apportant un contrepoids bienvenu au rigueur conceptuelle de l’œuvre. Des sérigraphies de Lohse et de Verena Loewensberg — toutes deux des influences majeures sur Nänni — apparaissent à côté des siennes, ancrant l’exposition dans son moment historique sans la transformer en cours magistral.

L'art extra-terrestre au XXIè siècle Mouans-Sartoux

À travers le château, la seconde exposition, L’art extraterrestre au XXIe siècle, opère à un registre totalement différent. Coproduite avec l’Observatoire de l’Espace, laboratoire culturel de l’Agence spatiale française, cette exposition réunit onze artistes dont les œuvres n’auraient pas pu être réalisées sur Terre. Le mot opératoire est « pourrait ». Il ne s’agit pas de peintures inspirées par des images de Saturne. Ce sont des objets dont les biographies extraterrestres sont vérifiables.

Plusieurs ont été créés à bord de l’Airbus ZERO-G, un aéronef spécialement configuré qui effectue des trajectoires paraboliques pour produire de brèves séquences d’apesanteur — seulement 22 secondes à la fois. Pendant ces 22 secondes, Stéphanie Solinas — dont la pratique se situe à l’intersection de la photographie et de l’installation — a tracé une ligne qui a été interrompue en plein trait lorsque l’apesanteur a soulevé sa main du papier; la marque brisée a ensuite été gravée dans le marbre de Carrara, comme pour fixer définitivement le moment de rupture.

THIDET_Stephane_Detachement_(c)CNES_S.Thidet


Stéphane Thidet, connu pour des œuvres qui transforment des objets du quotidien en présences déroutantes, a filmé une corde libérée des contraintes de la gravité et a constaté qu’elle se mouvait avec une animalité inattendue ; les rythmes qu’elle a générés ont été transcrits dans une composition musicale. 

L’approche varie, mais la quête de l’expérience sensorielle de l’art aux confins de l’atmosphère terrestre demeure la même :

Renaud AUGUSTE-DORMEUILDansez maintenant, 2023Installation vidéo, 24 minutesCollection de l’Observatoire de l’Espace du CNES, dépôt aux Abattoirs, Musée – Frac OccitanieToulouse© CNES/P. Gamot


Renaud Auguste-Dormeuil, ancien résident de la Villa Médicis dont le travail interroge souvent la vie politique des images, transforma son expérience sans poids en une installation vidéo immersive de 24 minutes qui transmet davantage de désorientation que de spectacle, tandis que le photographe Alain Bublex a braqué son objectif sur une simple cible bleue immobile, l’immobilité du sujet resserrée par les soubresauts inévitables de son propre corps au travers de la parabole.

Plus loin encore de la Terre, Eduardo Kac — artiste né à Rio de Janeiro, longtemps préoccupé par les zones frontières entre poésie, science et technologie — a produit une œuvre à bord de l’ISS sans jamais quitter le sol. Il a conçu un protocole: une sculpture en papier dont le dérive subséquente à travers les modules de la station a été filmée par un astronaute suivant ses instructions précises. La question de l’auteur qui se pose est volontairement laissée ouverte, et cette ouverture est autant le sujet de l’œuvre que sa condition.

Victoire THIERRÉE Caillou, 2024Sculpture en acier brossé et ciré25 × 27 × 41 cmCollection de l’Observatoire de l’Espace du CNES, dépôt aux Abattoirs, Musée – Frac OccitanieToulouse


Not everything in the exhibition involves aircraft. Victoire Thierrée a envoyé une sculpture en acier dans la stratosphère à bord d’un ballon gonflable. Sa forme a été tirée du polyèdre présent dans le Melencolia I d’Albrecht Dürer — ce vieux symbole de la mélancolie créatrice — et elle a été déformée par les variations de la pression atmosphérique lors de l’ascension, revenant sur Terre porteuse des marques d’un voyage auquel aucun humain n’a assisté. Bertrand Rigaux a utilisé la même méthode pour une finalité plus simple et méditative: une caméra à bord d’un ballon a filmé une nuance bleu monochrome continue alors que le ciel s’assombrit de pâle à sombre absolu à l’approche de l’espace. L’œuvre rend visible un décalage chromatique que nous savons se produire mais que nous ne voyons généralement jamais.

Ce que l’exposition refuse, tout au long, est toute relation célébratoire avec l’industrie spatiale. La différence entre l’art sur quelque chose et l’art réalisé au sein même de celui-ci est celle entre une carte postale et une lettre, et chaque œuvre ici insiste pour être la seconde.

Jürg Nänni: Art et Science et L’art extraterrestre au XXIe siècle

Jusqu’au 3 mai 2026

Espace de l’Art Concret, Château de Mouans-Sartoux
Ouvert du mercredi au dimanche, de 13h à 18h (septembre à juin) ; tous les jours de 11h à 19h (juillet–août)

Espace de l’Art Concret (eac)
Château de Mouans
06370 Mouans-Sartoux

Tél : +33 (0)4 93 75 71 50
Site : https://www.espacedelartconcret.fr

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Pierre Le Blanc

Pierre Le Blanc

Je suis Pierre Le Blanc, passionné de voyage, de nature et de découvertes locales. À travers Tourisme Le Blanc, je partage ma vision d’un tourisme authentique et respectueux. J’aime raconter les lieux, les gens et les émotions qui rendent chaque destination unique.