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Déesses et Démonesses : Comment le pouvoir des femmes a inspiré les artistes à travers les millénaires

Dans sa nouvelle exposition Démones et Déesses, le Musée des Explorations du Monde de Cannes retrace 25 000 ans de représentation artistique des femmes, du sublime à des représentations étonnamment réalistes.

Tout au long de l’histoire humaine, la distinction entre déesses et démonesses n’a jamais été particulièrement nette. La même figure qui accorde la fertilité peut aussi provoquer la peste; la divinité invoquée pour la protection lors de l’accouchement peut tout aussi bien détruire des armées. Une nouvelle exposition au Musée des Explorations du Monde de Cannes examine cette ambivalence fondamentale à travers près de 100 œuvres couvrant 25 000 années d’imagination humaine. « Démones et Déesses : de la vie à la mort » tourne jusqu’au 24 mai 2026.

Cette envergure reflète l’ambition établie du musée en tant qu’institution de premier plan dédiée à la présentation d’art du monde entier et de multiples époques. De nombreux musées d’art prestigieux du monde et des collectionneurs privés ont contribué à cette exposition d’importance nationale.

En commençant par les plus anciennes figurines sculptées lorsque l’homme a commencé à créer délibérément de l’art, et en concluant par des artistes contemporains s’attaquant aux mythologies héritées, le parcours montre comment les sociétés ont visualisé le pouvoir féminin. Six sections thématiques sur 200 mètres carrés révèlent comment la forme féminine a servi de support pour les plus profondes espérances et les plus grandes terreurs de l’humanité, un sujet particulièrement adapté à une institution fondée sur des principes d’exploration interculturelle.

L’exposition s’ouvre sur les plus anciennes représentations sculptées du corps féminin, notamment les figures gravettiennes et la célèbre « Vénus de Montpazier », à peine plus grandes qu’un pouce, et taillées dans la limonite il y a 25 000 ans par des chasseurs de mammouths qui parcouraient des terres de l’Atlantique à l’Oural. Ces œuvres, souvent réduites à des symboles de fertilité, révélent une complexité interprétative qui fait encore l’objet de débats.

Scène à deux personnages - Abri de Laussel, Marquay (Dordogne) Gravettien (environ 25 000 av. J.-C.) Bas-relief par piquetage sur calcaire Musée d’Aquitaine, Ville de Bordeaux © Lysiane Gauthier

Des prêts de la République de Serbie, notamment des figurines néolithiques de la culture Vinča qui n’ont jamais été exposées en France, enrichissent cette introduction en illustrant la diversité des pratiques rituelles entourant la maternité et l’accouchement. Enfin, la section antique montre la continuité des figurines féminines en terre cuite, souvent magiques, portant ou allaitant un enfant, témoignant de croyances millénaires concernant la protection maternelle et la fertilité.

Vinca musée Smederevska Palanka - « Parturiente » Site Grčac-Medvednjak Culture de Vinča (5 300 – 4 500 av. J.-C.) © Narodni muzej Smederevska Palanka, République de Serbie

Les figurines de femmes accroupies, souvent interprétées comme des protectrices de la grossesse ou des porte-bonheur, révèlent le pouvoir symbolique du corps féminin, entre protection et magie. Interprétées comme des talismans protecteurs, des objets apotropaïques ou des symboles de fertilité, elles incarnent une dimension intime et puissante du corps féminin, parfois protectrice, parfois magique.

Cette séquence met en valeur des pièces emblématiques des collections du musée, telles que la figurine connue sous le nom de « Baubo », la « Femme nue sur le dos, jambes écartées » d’Auguste Rodin, un emprunt exceptionnel au Musée Rodin, et la création contemporaine de la sculptrice française Jeanne Vicérial, « Sex Voto n°12 », qui réinterprète les motifs rituels antiques avec vigueur et délicatesse.

La traversée se poursuit en Mésopotamie, au cœur de l’une des plus anciennes traditions religieuses du monde.

Inanna/Ishtar apparaît ici comme une déité paradoxale : déesse du désir, de la sexualité et de l’érotisme, mais aussi de la guerre, de la royauté et du pouvoir. Des prêts remarquables au musée du Louvre – tablettes, figurines et le Chariot Apron: Ishtar on a Lion – illustrent la richesse iconographique et doctrinale de son culte.

Ishtar - « Tablier de char : Ishtar sur lion » El Akhimer = Kish = Oheimir Paris, Musée du Louvre, Département des Antiquités orientales © Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Une coupe d’incantation rare, empruntée au Musée des explorations du monde, présente la figure énigmatique de Lilith, révélant une ambivalence fondamentale dans les représentations, entre démon et femme en travail.

Lilith - « Bol d’incantation » Iraq, 4e- 7e siècles Musée des explorations du monde ©Ville de Cannes, Musée des explorations du monde, B. Holsnyder

Isis occupe une place centrale dans l’imagination égyptienne : épouse dévouée, mère protectrice et magicienne capable de ramener les morts à la vie, elle incarne un idéal du pouvoir féminin. Les prêts du musée du Louvre, dont un rare nœud de jaspe représentant Isis, témoignent de la diversité des formes sous lesquelles elle fut adorée. La section examine également la diffusion du culte d’Isis à travers le monde méditerranéen et ses réinventions modernes, notamment au XIXe siècle, lorsqu’elle devint une figure universelle associée à la sagesse, à la nature et au savoir.

Vénus au miroir - Figurine d’Aphrodite-Isis au miroir Liban (?) Romain Impérial (63 av. J.-C. – 324 apr. J.-C.) Métal Paris, Musée du Louvre, Département des Antiquités orientales, AO 30282 en dépôt au Musée des explorations du monde, Cannes

Cette séquence met en lumière les nombreuses facettes d’Aphrodite (ou Vénus pour les Romains), loin de l’image simplifiée de la « déesse de l’amour ». Une divinité du pouvoir érotique, ambivalente, Aphrodite incarne le lien entre le désir, la guerre et l’harmonie sociale. Les œuvres du musée du Louvre, telles que l’exceptionnelle « Vénus du Capitole », nous permettent d’appréhender sa signification symbolique.

Venus - « Statue du type de la Vénus du Capitole » Italie 100 av. J.-C. - 600 apr. J.-C. Paris, Musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines © Ville de Cannes, Musée des explorations du monde, C. Germain

Le XIXe siècle redécouvre l’Antiquité, la Préhistoire et l’Orient, et réinvente la figure féminine sur la toile à travers le prisme du symbolisme et du romantisme. Les impressionnistes et les expressionnistes, tout aussi fascinés par la figure féminine, les suivent rapidement. Leur œuvre montre comment le siècle oscilla entre l’élévation des femmes et la peur de leur supposé pouvoir. Le terme « démone », version féminine de démon, apparaît alors dans la langue française, révélant une imagination particulièrement féconde.

Painting Madonna, 1894 by Edvard Munch - photo (c) Ville de Cannes at vernissage.

Des artistes contemporains et modernes explorent de nouvelles voies : critique sociale, réappropriation des mythes et hybridation des spiritualités. Jane Graverol revisite la figure de Vénus avec une ironie mordante, tandis que Delphine Diallo propose une vision mystique de « Mère Terre ». L’artiste française Samuel Rousseau, dont l’œuvre contextualise l’humanité, s’est inspiré de la Vénus de Lespugue, ce qui l’a amené à en créer une version contemporaine. L’exposition s’étend au-delà des traditions européennes pour inclure Mami Wata, l’esprit de l’eau vénéré à travers l’Afrique de l’Ouest et centrale. Ses représentations mêlent croyances indigènes, imaginaire européen et divinités hindoues, démontrant à quel point le langage visuel de la divinité féminine est devenu profondément interculturel.

En retraçant le pouvoir féminin sur 25 000 ans et six continents, les commissaires démontrent que les catégories que nous utilisons pour le genre, la divinité, la protection et le danger évoluent sans cesse : un talisman protecteur devient un démon. Une déesse de fertilité entre en bataille. Ce qui persiste n’est pas une signification stable, mais le besoin humain de projeter un pouvoir immense sur les formes féminines, puis de se débattre sans fin avec ce que signifie cette projection.

Musee des Explorations de Monde © Ville de Cannes

Démones et Déesses : de la vie à la mort – jusqu’au 24 mai 2026

Horaires d’ouverture et coordonnées | Tarif plein 8,50 €, réductions disponibles | Billets disponibles sur place et en ligne

Musée des explorations du monde
Place de la Castre – Le Suquet
06400 Cannes

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Pierre Le Blanc

Pierre Le Blanc

Je suis Pierre Le Blanc, passionné de voyage, de nature et de découvertes locales. À travers Tourisme Le Blanc, je partage ma vision d’un tourisme authentique et respectueux. J’aime raconter les lieux, les gens et les émotions qui rendent chaque destination unique.